ENCHANTEMENT Publié le 04 Décembre 2017 par Anna Cuxac et Elvire Emptaz

Ma sorcière bien allumée

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Jadis persécutée, brûlée sur le bûcher, elle renaît depuis quelque temps de ses cendres. Sous un nouveau visage. Féministe, écolo, en quête de spiritualité, la sorcière moderne n’a jamais été aussi proche de nos préoccupations, même si ses rituels restent un tantinet folklo...

Le rendez-vous est fixé à 19 heures, un soir de novembre, au sous-sol d’un immeuble résidentiel, porte de Bagnolet, à Paris. Dans une grande pièce sans fenêtre sont entreposées coupelles d’eau, fleurs, fruits et encens. Une dizaine de femmes, trentenaires pour la plupart, prennent place sur les coussins qui bordent le tapis de cette salle habituellement utilisée pour des cours de danse orientale. Une légère excitation parcourt l’assemblée. Ce soir, éclairées par quelques bougies, elles vont rien moins qu’« invoquer la déesse Terre, pour qu’elle [les] guide à contacter la puissance et les multiples visages de [leur] féminité », annonce Naty, 42 ans, médium, art-thérapeute et sorcière en chef de la soirée. Sorcière ? Comprenez : « Celle qui a retrouvé son pouvoir et peut changer sa vie... »


Naty porte une longue robe safran, une tenue de cérémonie qui ne ressemble en rien aux loques noires et chapeaux pointus de notre imaginaire. Et elle n’a même pas de balai ! Car, aujourd’hui, l’immense majorité de celles qui s’appellent sorcières n’a rien à voir avec les guérisseuses rurales des XVIe et XVIIe siècles que l’on brûlait lorsqu’elles sortaient un peu trop du rang. « À l’époque, il s’agit de femmes qui, dans les campagnes où les médecins sont absents, assurent, grâce à leurs connaissances des plantes et des saisons, les soins des malades, les accouchements ou les embaumements des morts, explique Carole Sandrel, historienne et auteure du Sang des sorcières (éd. François Bourin). Quand un bébé mourait ou qu’une épidémie dévastait une région, ce sont elles qu’on accusait. » Avec la fin des persécutions dont elle est victime, au milieu du XVIIe siècle, la sorcière retombe dans l’anonymat. Sa figure revient sur le devant de la scène dans les années 1970, récupérée par des militantes féministes françaises, qui lancent en 1975 la revue littéraire Sorcières, au moment où la loi Veil est débattue. Sa créatrice, Xavière Gauthier, se souvient : « Le mot “sorcières” évoquait pour moi les femmes qui étaient mortes à force d’être rebelles, de s’être opposées au monde médical et religieux. Nous avons eu un succès énorme pour une revue littéraire et artistique à laquelle participaient de grandes plumes, comme Marguerite Duras ou Nancy Huston. » La revue s’arrête en 1981.

Près de quarante ans plus tard, Causette remet les sorcières à sa Une, car elles sont redevenues incontournables.

... La suite dans le Causette #84

Publié le 04 Décembre 2017
Auteur : Anna Cuxac et Elvire Emptaz
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