Reportages Publié le 30 Octobre 2017 par Charles Emptaz

Bavure à Mossoul-Ouest

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La bataille de la coalition contre Daech à Mossoul-Ouest a été gagnée. À quel prix ? Le nombre de civils morts sous les bombardements est si élevé que certaines ONG accusent la coalition internationale de crimes de guerre. Sur place, nous avons enquêté sur une de ces frappes qui pourraient avoir tué plus d’innocents que de combattants.

 

Septembre 2017, la bataille de Mossoul-Ouest a déjà fait 800 000 déplacés et des milliers de morts. Chaque jour, les pompiers déterrent des corps. « Tu reconnais quelque chose toi ? » Emmitouflées dans leur hijab noir, le nez collé à la vitre, Raqiya et Ghaniya tentent de guider les pompiers pour retrouver leur maison qui a été bombardée. À gauche, une voiture est plantée au milieu de la façade d’un immeuble à l’orée d’un cratère géant, à droite, sur une bretelle d’autoroute à moitié effondrée, un policier chasse en hurlant des gamins venus voler un peu de ferraille. Seuls ceux qui viennent récupérer les dépouilles de leurs proches disparus peuvent pénétrer dans la vieille ville.

La petite troupe de pompiers et les deux femmes arrivent à pied devant les restes de leur maison, dans le quartier d’Al-Shifa, qui fut l’un des derniers bastions de l’organisation État islamique. La pelleteuse s’active faisant souffler un vent chargé de poussière de béton qui pique les yeux et fait tousser. Un jeune pompier s’inquiète : « Ce n’est pas piégé au moins ? – Non, il n’y avait que la famille et les enfants », le rassure Raqiya. Puis elle se défend : « Personne dans la famille n’appartenait à Daech, ils se sont retrouvés pris au piège. » Regard exorbité, sa belle-sœur Ghaniya observe un peu plus loin le capitaine des pompiers. Il tient entre ses mains une tresse de cheveux noirs encore parfaitement nouée, probablement le scalp de Rawa, 7 ans, l’une des quatre enfants de la famille. Le voici maintenant qui extrait des décombres la moitié de son corps, frêle squelette qui se balance dans l’air. Sidérées, dos au mur, les deux femmes restent muettes. Raqiya finit par murmurer : « Que Dieu maudisse les coupables. » 

... La suite dans le Causette #83 !

Publié le 30 Octobre 2017
Auteur : Charles Emptaz | Photo : Gaspard Thiekaro, pour Causette et pour l’émission Reporters de France 24
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