Santé Publié le 26 Octobre 2017 par Héloïse Rambert

Papillomavirus Sexiste, le vaccin ?

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Le papillomavirus concerne les hommes et les femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle. Pour les deux sexes, il peut être à l’origine de cancers. Pourtant, en France, la recommandation vaccinale exclut les jeunes garçons. Tiens, tiens…

Il y a peu de chance que vous y ayez coupé. Le papillomavirus (HPV) est le virus le plus transmis par voie sexuelle. 80 % des garçons et des filles y sont exposés dès le début de leur vie sexuelle. Après, c’est un peu comme à la loterie. La plupart du temps, c’est vous qui gagnez : votre corps s’en débarrasse et il ne se passe rien. Dans d’autres cas, plus rares, le virus persiste dans l’organisme et, en fonction de son type, peut donner, à long terme, des cancers. « De 5 à 10 % des cancers qui apparaissent chaque année dans le monde sont dus au papillomavirus », explique la Pr Cécile Badoual, anatomopathologiste à l’hôpital européen Georges-Pompidou (APHP), à Paris. Le plus fréquent est celui du col de l’utérus. Mais comme les deux sexes se contaminent mutuellement, il peut aussi donner – plus rarement – des cancers de l’anus, de la vulve, du vagin et du pénis. « Depuis peu, les scientifiques ont aussi la certitude qu’il peut être la cause de cancers de l’oropharynx [la gorge, ndlr], en particulier des amygdales, chez les femmes comme chez les hommes. C’est une tendance émergente », alerte-t-elle.

Priorité aux filles

Deux vaccins anti-HPV sont disponibles depuis 2006. Destinés à prévenir les cancers du col de l’utérus et de l’anus, ils s’adressent aux jeunes filles à partir de 11 ans, aux immunodéprimés (quel que soit le sexe) et aux hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, considérés comme une population à risque. Les jeunes garçons hétérosexuels, pourtant susceptibles de transmettre le virus et de développer eux-mêmes des cancers, restent exclus de la politique vaccinale. Drôle d’histoire…

Pour les gynécologues, cette vaccination « genrée » n’est pas une bonne stratégie : « Vacciner les jeunes filles mais aussi les jeunes garçons permettrait de réduire le risque de transmission et de protéger toutes les populations concernées », explique la Pr Anne-Sophie Bats, gynécologue-obstétricienne à l’hôpital européen Georges-Pompidou. Les pays qui ont adopté cette politique entre 2008 et 2013 (Autriche, États-Unis, Canada et Australie) en attendent beaucoup, car la vaccination des garçons a fait la preuve de son intérêt contre le virus. Un essai international, publié dans le New England Journal of Medicine en 2011, a évalué l’efficacité du vaccin chez 4 065 jeunes hommes âgés de 16 à 26 ans. « Il a montré une efficacité de la vaccination sur les lésions du pénis liées à l’HPV de 90,4 % », précise-t- elle. Alors pourquoi pas chez nous ? Empêtrée dans une défiance aiguë envers les vaccins en général et celui-ci en particulier, la France est déjà « dans les choux » côté nanas : seules 14 % des jeunes filles de 15 ans étaient vaccinées en 2015. Alors pour les garçons, les autorités de santé n’attendent pas mieux. « Dans ce contexte, il n’y a pas de raison d’imaginer que l’adhésion à la vaccination des parents serait meilleure pour leurs fils », explique Catherine Rumeau-Pichon, adjointe du directeur de l’évaluation médicale, économique et de santé publique à la Haute Autorité de santé (HAS). « Et pour obtenir une immunité à l’échelle collective, il est nécessaire d’atteindre un taux de couverture vaccinale important. Lancer et financer une campagne vers les garçons est moins intéressant en termes médico-économiques, les femmes payant le plus lourd tribut des infections à papillomavirus », complète sa collègue Laura Zanetti. Par ailleurs, pour les vaccins disponibles actuellement, la protection contre les cancers ORL – principale menace pour les hommes hétérosexuels – n’est pas démontrée.

À ce stade des connaissances, les jeunes garçons qui se vaccineraient le feraient principalement pour protéger les filles. Dans une démarche « altruiste » donc. Et là, faut pas trop rêver quand même ! « Nous savons d’expérience qu’en France cette démarche est plus difficile à faire accepter, constate Laura Zanetti. Pour l’instant, la priorité reste la vaccination HPV chez les filles. » Un objectif qui ne sera pas atteint sans rétablir la confiance des Français dans les vaccins et sans une bonne dose de pédagogie.

Publié le 26 Octobre 2017
Auteur : Héloïse Rambert
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