50 numéros et toujours aussi allumée ! Publié le 24 Octobre 2017 par Propos recueillis par Virginie Roels

Cancer du sein : « Arrêtez de culpabiliser les femmes ! » 24/10/17

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Le cancer du sein est celui le plus fréquent chez la femme. Cancérologue, chirurgien renommé qui a développé des nouvelles techniques de conservation du sein, le Dr Krishna B. Clough* a la réputation de ne pas mâcher ses mots. Nous lui avons demandé de nous faire un point sur les avancées. Il en a profité pour nous mettre les points sur les « i ». Interview coup de « points ».

Causette : Qu’est-ce que la plupart des femmes ignorent encore aujourd’hui sur le cancer du sein et qu’elles devraient savoir ?

Dr Krishna B. Clough : La plupart des femmes ignorent que le cancer du sein peut tuer. Elles ont parfois la fausse impression que c’est une maladie toujours curable, toujours prise à temps. Et les médias, comme certains médecins, ont un rôle là-dedans. Dans une volonté de dédramatiser, ce qui est louable, ils ont tendance à occulter la réalité. La réalité, c’est qu’en France, 25 % des femmes qui ont un cancer du sein en meurent. Donc ce que les femmes devraient savoir, c’est que le cancer du sein est une maladie qui reste mortelle. En disant cela, je sais que je suis totalement à l’opposé du politiquement correct qui consiste à dire que ce n’est rien. Non, ce n’est pas rien. Cela veut dire que toute mesure qui permet de dépister un cancer tôt est une mesure primordiale, et que le dépistage reste la meilleure façon de ne pas en mourir.

Causette : Quelles sont les évolutions de demain qui nourrissent l’espoir, dans lesquelles on peut se projeter ?

Dr Krishna B. Clough : La première : nous disposons de traitements qui augmentent les taux de guérison. Chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et traitements ciblés antihormonaux : chaque couche apporte un peu plus de guérison, mais c’est d’autant plus vrai que le cancer est dépisté tôt ! La deuxième : le traitement est de moins en moins délabrant. En France, 72 % des femmes opérées d’un cancer du sein gardent leur sein, c’est l’un des taux les plus élevés au monde. Et dans les autres cas, les femmes seront reconstruites. Enfin, au niveau des traitements, on a des protocoles qui permettent de poursuivre une vie normale et de garder, souvent, ses cheveux.

Causette : En clair, l’espoir réside dans l’évolution progressive de tous les traitements, de plus en plus précis, de plus en plus ciblés. Et l’après ? Est-il exact qu’aux Etats-Unis, les femmes rechutent moins souvent, car, plus que les Françaises, elles changent leurs habitudes de vie, mangent plus sainement ?

Dr Krishna B. Clough : Faux, totalement faux ! Les femmes ne rechutent pas plus en France qu’aux États-Unis. Arrêtez de culpabiliser les femmes. Le curcuma, le gingembre, le kiwi, c’est de la foutaise entretenue par des non scientifiques ou des scientifiques qui ont viré gourous. Nous n’avons aucune démonstration que la modification des habitudes alimentaires améliore la survie des femmes. La seule chose que l’on sait, est que la lutte contre l’obésité et plus d’activité sportive diminuent le risque de récidive. Le cancer fait fantasmer, il y a une notion de culpabilité. Les patientes se demandent : « Pourquoi j’ai un cancer ? Que puis-je faire pour que cela ne revienne pas ? ». Car il y a la sensation que « j’ai fait quelque chose qui a abouti à cela. » Ce qui est dans l’état actuel de nos connaissances totalement faux. Les femmes ne se créaient pas leur cancer du sein.

Causette : Le cancer n’est-il pas lié parfois, à la survenue d’un mal-être ? D’un choc ?

Dr Krishna B. Clough : A-t-on un cancer, car on a été harcelé au boulot ? Parce que l’on a subi une rupture amoureuse ? Rien ne le prouve. Les Scandinaves ont fait une étude sur les femmes dont les enfants sont morts de « mort violente ». Parce que cela est, sans l’ombre d’un doute, pour elles un drame absolu. Puis ils ont suivi ces femmes et ont croisé la liste avec le registre des femmes atteintes d’un cancer du sein. Résultats : pas plus de cancer du sein que dans la population générale. Je crois que nous sommes toujours à la recherche d’explications de ce qui nous arrive et que cette recherche peut nous amener à suivre des gourous.

Causette : Vous avez mis au point des techniques de chirurgie qui permettent d’extraire la tumeur d’un sein, et lors de la même opération, de reconstruire le sein. Une femme qui a moins de séquelles physiques, donc psychologiques, ne va-t-elle pas mieux guérir ?

Dr Krishna B. Clough : Le scientifique que je suis est obligé de dire non. Vous imaginez que quand on prend soin des gens, ils guérissent mieux. C’est faux. Ce n’est pas démontré. Quand on prend soin des gens, ils se sentent mieux, c’est différent. Le combat de la guérison et le combat du bien-être sont deux combats qu’il faut mener parallèlement. Que la traversée de la maladie soit la moins traumatisante possible, bien sûr, c’est un objectif. Que le sein ne garde pas des stigmates de la chirurgie, nous le devons aux femmes. Mon obsession ? C’est de donner aux femmes une sensation de sécurité. Qu’une femme qui entre en consultation avec la mort sur les épaules ressorte avec le sourire. Car ce poids de la mort fait que la patiente va traverser la maladie avec une paralysie. Ce sentiment, je le répète, ne va pas changer son pronostic de guérison, mais son bien-être.

Causette : Les moments qui vous portent ?

Dr Krishna B. Clough : Quand vous arrivez à sauver le sein d’une femme via une technique que vous avez mise au point, développée, enseignée, c’est évidemment un moment magique. Ou quand, deux ans après une opération, une femme arrive en consultation guérie, avec dans les bras son bébé, et vient vous dire merci parce qu’elle pense que vous avez été utile pour cela. Parce que de la peur de la mort est née la vie.

* Fondateur de l'Institut du sein à Paris.

Publié le 24 Octobre 2017
Auteur : Propos recueillis par Virginie Roels
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