Femmes du monde Publié le 02 Octobre 2017 par Rémy Pigaglio

Les droits des femmes marocaines pas à pas Aïcha Ech-Chenna

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La vidéo de l’agression d’une jeune lle handicapée dans un bus au Maroc a déclenché un vif débat sur les violences faites aux femmes dans le pays. Pour revenir sur cet épisode choquant, Causette s’est entretenue avec Aïcha Ech-Chenna, 76 ans, militante féministe historique, connue pour son combat en faveur des mères célibataires.

 

Causette : Qu’avez-vous pensé en apprenant l’agression filmée dans un bus de Casablanca ?

Aïcha Ech-Chenna : Ce qui m’a choquée, c’est que ça s’est passé dans un bus, que les passagers ne réagissaient pas, que le chauffeur ne s’est pas dirigé vers un commissariat. Sans cette vidéo et les réseaux sociaux, nous n’aurions jamais été au courant. Grâce à eux, on se saisit d’un problème qui a pourtant toujours existé : les agressions sexuelles, les viols. Mais la route va être longue. Quand je suis revenue sur cette affaire dans une émisssion de télévision, des Marocains ont immédiatement réagi sur les réseaux : « Elle était habillée à l’européenne, elle a provoqué ! » Je leur ai répondu : « En quoi c’est une honte ? J’ai 76 ans, j’ai toujours été habillée à l’européenne. C’est un droit ! Vous voulez nous bâcher, c’est ça ? » Un violeur restera un violeur, quel que soit le vêtement ! Le pays garde un rapport ambigu au viol.

Dans la société traditionnelle au Maroc, si quelqu’un veut violer une fille, c’est aussi grave qu’un meurtre. Mais, ce qui vient en contradiction, c’est que le violeur est poussé par la famille à épouser la fille. Comme la victime est déshonorée, la famille estime qu’elle ne pourra plus se marier. Avant, la loi prévoyait même l’abandon des poursuites si le violeur et sa victime mineure se mariaient. Après le suicide d’une jeune victime en 2014, cette loi a été abrogée. Mais la famille préfère souvent ne pas prévenir la police et inciter la victime à se marier au violeur. Même si le violeur a fait de la prison. Comme la fille est « salie », son mari va alors la martyriser. Et ça, les gens n’en parlent pas. 

... La suite dans le Causette #82 !

Publié le 02 Octobre 2017
Auteur : Rémy Pigaglio | Photo : A. Bounhar/ AP / SIPA
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