A votre santé ! Publié le 02 Octobre 2017 par Sophie Boutboul

Ta patiente, tu respecteras Formation Gynécologique

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Alors que le Haut Conseil à l’égalité planche sur les violences obstétricales, nous nous sommes demandé si les gynécologues-obstétriciens et les sages-femmes étaient suffisamment formés à nous... respecter ?

 

En 2016, on comptait 6 000 gynécologues-obstétriciens et 22 000 sages-femmes en activité en France. Tous suivent la même première année commune aux études de santé, avec des cours sur la communication avec le patient, puis leur chemin se sépare. Du côté des gynécologues-obstétriciens, l’internat s’ouvre par le choix du diplôme d’études spécialisées (DES). Chaque université est autonome sur son contenu, du coup, si certains étudiants sont sensibilisés à la question des violences obstétricales, d’autres le sont beaucoup moins. À Bordeaux (Gironde), Nicolas Nocart, gynéco-obstétricien en dernier mois de DES et président de l’Association des gynécologues-obstétriciens en formation (Agof), déplore un sérieux manque : « On nous apprend peu à accueillir le patient. Dans le programme, c’est une petite partie du cours magistral. Je n’ai pas eu de mise en situation sous formes théâtrales, comme il en existe au Canada. J’ai plus appris en observant mes pairs. » 

Pour pallier ce manque, des initiatives émergent. Depuis quatre ans, les internes en gynécologie-obstétrique d’Île-de- France suivent un module « savoir-être » de six heures en première année. « Ce n’est pas un cours magistral, les étudiants ne sont pas notés, explique la responsable, Dr Camille Le Ray. On interagit sur des témoignages de patientes traumatisées. » Grâce au Collectif interassociatif autour de la naissance (Ciane), sollicité par l’équipe pédagogique pour porter la parole des usagers, les étudiants réfléchissent à partir de cas vécus : une femme ignorée durant sa césarienne, une épisiotomie réalisée sans explications… Par des jeux de rôle, ils travaillent aussi le relationnel lors d’un accouchement ou d’une grossesse extra-utérine. Autre initiative, à l’hôpital universitaire de Strasbourg (Bas-Rhin) : depuis quatre ans, Israël Nisand, président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF), organise un séminaire d’une journée avec internes et sages-femmes sur la « juste distance ». « Je me suis aperçu que certains prononçaient des phrases parfois lourdes de conséquences, comme dire après une fausse couche : “C’est pas grave, vous êtes jeune, vous en ferez un autre”, relate le Dr Nisand. L’enseignement n’est pas normé. »

 

Du côté des sages-femmes, on rencontre le même problème. La qualité de l’enseignement dépend de ceux qui en décident et varie donc d’une école à l’autre : « Les enseignements de psychologie sont minoritaires et disparates », note Laura Appertet, présidente de l’Association nationale des étudiants sages-femmes (ANESF), en quatrième année à Grenoble (Isère). Amandine 2,diplômée en 2016 d’une école parisienne, acquiesce : « J’ai été très peu formée au respect de la pudeur, au contact avec les patientes. Nos cours portaient plutôt sur l’aspect médical. » La directrice de l’école de Nantes (Loire-Atlantique), conseillère à l’Ordre national des sages-femmes, a pris de son côté le taureau par les cornes : Isabelle Derrendinger anime un module de trois heures sur les droits du patient, dès le début des quatre années de spécialisation. « On a aussi un enseignement de sciences humaines et sociales de 170 heures, dans le cadre du programme national, qui aborde les notions de bienveillance, d’éthique », dit-elle. Bilan, lors des évaluations, les étudiants sont sanctionnés s’ils ne prennent pas soin de déshabiller en deux temps la patiente, ce qui n’est pas toujours le cas dans d’autres écoles. Il faudrait que ce type d’enseignement, comme celui que dispense le Ciane sur le relationnel dans une dizaine des trente-cinq écoles de sages-femmes du territoire, soit généralisé, et c’est toute la question. Depuis août, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) expertise « les besoins de formation des professionnels en termes de suivi gynécologique et d’accompagnement de la grossesse ». Au-delà du constat, on en espère des propositions.

 

1. Causette s’est intéressée plus spécifiquement à la formation des gynécologuesobstétriciens et non à celle des gynécologues médicaux, car ces derniers ne pratiquent ni césariennes, ni accouchements, ni actes chirurgicaux.
2. Le prénom a été modifié.

Publié le 02 Octobre 2017
Auteur : Sophie Boutboul | Photo : M. Ollivier/Ouest France/AFP
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