Spectacles Publié le 18 Septembre 2017 par Anna Cuxac

“Pour l'amour de Simone” : l'exaltation du castor polyamoureux 18/09/17

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Trois femmes et un homme sur scène, donnant vie aux lettres charnelles et frénétiques de Simone de Beauvoir et ses amours. Dans Pour l'amour de Simone, la metteuse en scène Anne-Marie Philipe rend hommage à l'amante passionnée que fut le Castor, romanesque et intense, libre mais loyale à Sartre. Pari risqué mais heureux, les actrices jouent chacune une Simone particulière : Camille Lockhart est celle qui a aimé Jacques-Laurent Bost, étudiant de Sartre ; Aurélie Noblesse est la Simone de l'écrivain américain Nelson Algren ; et Anne-Marie Philipe interprète la philosophe qui s'adresse à l'immuable Sartre. Quant à Alexandre Laval, il campe successivement ces trois hommes-là. « Ce qui m'intéressait, c'était la femme, explique Anne-Marie Philipe. La femme qui a vécu ce pacte avec Sartre, d'une lourdeur folle, même s'ils en ont fait un art de vivre. »

L'histoire est connue. Quelques temps après s'être rencontrés et aimés, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre concluent un pacte dans les jardins du Luxembourg, à Paris : leur amour « nécessaire » ne saurait être exclusif pour durer. Chacun a donc le droit à des « amours contingentes », dont la seule condition est de se les dire.

Mais, dans la pratique, ce qu'on appellerait aujourd'hui le polyamour est-il réalisable ? Au prix de certaines contorsions, comme écrit Beauvoir à Sartre depuis les États-Unis : « Je pense que ma dernière lettre était un peu guindée, vous savez comme c'est : j'écrivais dans la cuisine, avec Algren dans la chambre et ces lettres ont toujours un goût de trahison, même si Algren parle de vous avec amitié et m'a fait cadeau pour vous d'une superbe pipe. » La solution réside peut-être dans cet amour des Lettres et dans les lettres qui unissait Simone et ses amours. De cette pièce joyeusement émouvante se dégage une espèce d'évidence : il faut écrire, par besoin impérieux de raconter avec délices ses sentiments, les décortiquer et maintenir la passion par sa transfiguration littéraire. Ami-e-s amoureux-ses de l'amour, cette pièce est pour vous, à voir au Lucernaire, à Paris, jusqu'au 15 octobre ou au Off d'Avignon l'été prochain. En sortant de là, vous risquez d'être pris-e d'une furieuse envie de prendre la plume. Textos interdits !

Publié le 18 Septembre 2017
Auteur : Anna Cuxac
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