Les couleurs du féminisme Publié le 04 Septembre 2017 par Anna Cuxac

Le livre qui ne passe pas Pilule

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Et voilà le brûlant dossier pilule réouvert. La journaliste indépendante Sabrina Debusquat publie, le 6 septembre, J’arrête la pilule, un livre-enquête qui condense un an de plongée dans les études scientifiques scrutant le cacheton encore en tête des ventes de contraceptifs en France, malgré une grosse baisse de hype depuis le « scandale » des pilules de 3e et 4e générations. En établissant une liste longue comme le bras d’effets secondaires pour les femmes et de risques pour l’environnement et pour les enfants à naître, la journaliste va, à coup sûr, déclencher une polémique. Les gynécologues et médecins que Causette a contactés sont en ordre de bataille pour répliquer. Leur bouclier ? D’autres études, qui affirment que les risques induits par le contraceptif oral sont en fait minimes, largement contrebalancés par les avantages. Ne leur en déplaise, de plus en plus de femmes se détournent de la pilule. Et si, au lieu de se renvoyer études contre études, on voyait, dans ce mouvement, une formidable occasion de gagner un nouveau combat féministe, celui d’une contraception sereine, sans effets indésirables ou peur desdits effets ?

Fruit d’un an d’enquête, J’arrête la pilule (éd. Les Liens qui libèrent) revient sur des risques bien connus et reconnus liés à la prise des pilules de 3e et 4e générations : les embolies pulmonaires et les AVC. Mais Sabrina Debusquat avance aussi que ce contraceptif, toutes générations confondues, est responsable de bien d’autres nuisances. Citons ici cancer du sein, malformations génitales, trisomie ou autisme chez les enfants à naître, altération du développement de la faune due au rejet des hormones de synthèse dans l’eau... Sans parler d’effets secondaires dits bénins, comme la baisse de la libido, la déprime ou la fameuse prise de poids. Un compte-rendu discutable, à en croire les gynécos. Mais qui a de quoi inquiéter.

Causette : Difficile de regarder sa pilule d’un bon œil après avoir lu votre livre. C’est même assez flippant. Quel était, pour vous, l’enjeu en l’écrivant ?

Sabrina Debusquat : J’ai témoigné sur mon blog Ca-se-saurait.fr sur la façon dont s’est passé, pour moi, l’arrêt de la pilule et le remplacement par le stérilet (que je n’ai pas supporté), puis par des méthodes naturelles combinées (prise de température, observation de la glaire cervicale). J’ai ensuite reçu de nombreuses questions de femmes et j’ai voulu y répondre : la pilule est-elle dangereuse pour moi ? À quel niveau ? Est-ce dangereux pour l’environnement ?... En enquêtant ( j’ai passé un an à éplucher la littérature scientifique et à interroger des chercheurs), je ne m’attendais pas à découvrir tout ce que j’ai découvert, et ce livre est un peu la face cachée de la pilule. Beaucoup de journalistes me disent : « Votre livre est à charge ». Mais son but n’était pas de rebattre les oreilles des femmes avec le discours dominant sur le sujet. Si j’avais trouvé des éléments rassurants pour les femmes, je les aurais mentionnés. Malheureusement, ça n’a pas été le cas. Toutes les études citées dans ce livre sont indépendantes. Je m’appuie, notamment, sur les travaux de la docteure Ellen Grant, qui montre, par exemple dans la revue médicale de référence The Lancet, qu’on ne peut pas dire que la pilule protège du cancer de l’endomètre. C’est pourtant l’hypothèse de deux études majeures, faisant aujourd’hui encore référence pour les professionnels clamant que la pilule n’est pas dangereuse, voire qu’elle protège de certains cancers. La première, « Lifetime cancer risk and combined oral contraceptive », a été réalisée sur 46 000 femmes.

 ... La suite dans le Causette #81 ! 


Les toubibs à la Défense

Face à ce qu’ils considèrent comme « une nouvelle attaque anti-pilule », gynécos et généralistes en ont gros sur la patate et s’alarment de ses conséquences pour les femmes. Ils martèlent qu’il n’y a pas de contraception idéale et qu’il faut donner la possibilité aux femmes de faire un choix éclairé. 

Stupeur et branle-bas de combat dans la profession médicale en plein mois d’août. « Voilà encore un bouquin de mauvaise foi qui va faire peur aux femmes et les pousser, affolées, dans nos cabinets », s’agace un praticien. Finie la trêve estivale. Gynécologues et généralistes, sollicités par la presse pour répondre aux accusations de J’arrête la pilule, endossent avec promptitude les robes d’avocats de la défense pour secourir le comprimé contraceptif menacé d’un nouveau procès en place publique. Le Syndicat national des gynécologues et obstétriciens de France (Syngof) a dégainé une bibliographie forte d’une dizaine d’articles scientifiques établissant des liens entre pilule et baisse du cancer des ovaires, ou atténuation des douleurs de l’endométriose. Sa secrétaire générale, Élisabeth Paganelli, s’inquiète, de concert avec la corporation, d’une « diabolisation de la pilule ».  

 ... La suite dans le Causette #81 ! 

Publié le 04 Septembre 2017
Auteur : Anna Cuxac | Photo : J’arrête la pilule (éd. Les Liens qui libèrent)
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