Politique Publié le 18 Août 2017 par Maëlys Peiteado

Service Civique vs Lallab, association féministe musulmane : que s’est-il passé ? Polémique

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Interpellé sur Twitter par un membre du Front national et le Printemps Républicain, le Service civique a annoncé le retrait des offres de mission proposées par Lallab, association féministe de lutte contre les discriminations faites aux femmes musulmanes. Sur les réseaux, des féministes et des soutiens déplorent une victoire du racisme. Le Service civique lui, invoque plutôt une simple procédure administrative.

Quelques jours à peine après que Lallab, association féministe de lutte contre les discriminations faites aux femmes musulmanes, sest réjouie sur sa page Facebook du futur recrutement de trois volontaires par l’intermédiaire du Service civique – dont les missions indemnisées par l’État s'adressent aux jeunes entre 16 et 25 ans –, l’organisation publique a précipitamment retiré cette annonce.

Antiraciste et antisexiste, Lallab est accusée par ses détracteurs de communautarisme et d'entretenir des liens avec les Frères Musulmans et Tariq Ramadan. Mais aussi de « promotion du voile islamique ». En réalité, l’association a publié un article dénonçant le caractère antiféministe de la loi de 2004 sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires publics. Son magazine en ligne prônant la diversité dénonce les préjugés auxquels font face les Musulmanes au quotidien. 

 

À l’origine de la polémique, un tweet de Daniel Auguste, président du Collectif Marianne et secrétaire Front national du IIe arrondissement de Paris. Interpellant le compte officiel du Service civique, il s’oppose au fait que l’organisme publie cette annonce. En réponse, l’Agence a annoncé le retrait des missions proposées via l’association Lallab, expliquant que celles-ci ne répondaient pas aux « principes fondamentaux » de l’organisation

 

Une formulation “ambiguë”

Cependant, le Service civique affirme que l’annonce de Lallab a été dépublié« dès mercredi », soit bien avant le tweet de Daniel Auguste, en raison de son caractère ambigu. « L’un de nos principes fondamentaux est de vérifier la complémentarité des missions avec les emplois déjà existants dans une structure voulant accueillir des volontaires. On s’assure que les missions proposées ne sont pas des emplois dissimulés », explique l’Agence. Or, dans son descriptif, Lallab aurait employé des termes laissant penser qu’il y avait « un risque de substitut d’emploi ». Des termes qui, selon lassociation, auraient été validés en amont par lAgence du service civique. Ce dernier renvoie la balle au centre en affirmant quune version modifiée a été publiée.

Si l’association embauchera bien « deux salariées » en septembre, « des bénévoles sont également présent-e-s pour encadrer et accompagner, en partenariat avec les salariées », les trois volontaires du Service civique.

« On sait que l’association a besoin de moyens, mais c’est typiquement le genre de mission que l’on peut nous reprocher ensuite », se défend le Service civique, tout en précisant que c’est une « procédure classique » et que « des dizaines d’annonces sont suspendues chaque jour ». L’association Lallab, elle, assure tout de même que si l’annonce a bien été dépubliée une première fois, mercredi, elle a ensuite été remise en ligne puis « définitivement supprimée » après le fameux tweet. Le fait que cette suppression survienne après le tweet du frondeur, nest que pure « maladresse », assure lService civique.

Convaincus que l’Agence allait dans leur sens, les frontistes s’en sont donnés à cœur joie, invoquant le règlement du Service civique qui précise que « lengagement ne peut pas être réalisé dans une association cultuelle ». Face à cela, les soutiens de Lallab n’ont pas manqué de faire remarquer que, parmi les associations éligibles au recrutement de volontaires, se trouvent entre autres les Scouts de France et le Secours catholique… D’ailleurs, même François Mandil, délégué national des Scouts de France, s’est interrogé : 

 

 

“Areligieuse​, aconfessionnelle​ et apartisane”

Pourtant Lallab est catégorique : « Nous sommes une association areligieuse, aconfessionnelle et apartisane dont le rêve est celui de faire en sorte que les femmes ne soient plus jugées, discriminées ou violentées en raison de leur genre, leur physique, leur orientation sexuelle, leur origine ou encore leurs convictions religieuses. » Quoi qu'il en soit, explique le Service Civique, « des associations peuvent être dans nimporte quelles mouvances religieuses, si leurs missions sont neutres ça ne pose pas de problème. Ce qu’on évalue, c’est si elles sont au service de l’intérêt général et non à celui de la structure elle-même ». 

Ne comprenant pas les circonstances exactes du retrait de l’annonce, les soutiens envers Lallab se sont multipliés sur Twitter, jusqu’à l’émergence d’un hashtag #JeSoutiensLallab. L’association, qui subit régulièrement des intimidations de la part de ses détracteurs, estime avoir été soumise à « du cyberharcèlement et à une campagne de diffamation sur les réseaux sociaux », notamment de la part « d'extrémistes », « des membres du FN»  ou de « laïcards », qu’elle préfère appeler « anti-laïques  (ici le Printemps Républicain). Dans l’espoir de faire rapidement bouger les choses, les membres de Lallab désirent « s’entretenir avec l’Agence du service civique pour trouver des solutions ».

Publié le 18 Août 2017
Auteur : Maëlys Peiteado | Photo : Logo de Lallab / Facebook
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