Fantasmes ! Publié le 17 Juillet 2017 par Propos recueillis par Clarence Edgard-Rosa

L'art de trancher Domina

blog post image

Tan* aide les autres à réaliser leurs fantasmes : elle est dominatrice professionnelle. Celle qui « commande autant en civil qu’en vinyle » nous raconte les demandes de ses clients... qu’elle n’accepte pas toujours.

« Je sélectionne mes clients2 : si le fantasme ne m’intéresse pas, me gêne ou demande que je joue un personnage que je n’ai pas envie de jouer, je refuse. Certains ont en tête des scénarios extrêmement élaborés. J’ai eu, par exemple, un client qui voulait que je mette en scène un entretien d’embauche qui vire à l’interrogatoire de la Stasi. Il souhaitait que je l’installe devant un écran de télé et que je lui fasse voir des images pour ensuite le questionner dessus ; l’écran de télé devait faire telle taille, être installé à un endroit bien précis. Je n’ai pas de télé, j’ai décliné. Un autre voulait que j’écrase des insectes de – précisément – 5 cm sur 7 avec des chaussures à talons d’une hauteur elle aussi rigoureusement définie. Ça porte un nom : le «crushing». Le BDSM a ceci d’incroyable : n’importe quelle pratique a été nommée par un fétichiste.

Ce qu’on me demande le plus souvent, c’est la féminisation : faire porter au client des vêtements de femme très stéréotypés – minijupe, escarpins, bas résille, dentelle, lui faire faire la soubrette, ce genre de choses. Tous les dérivés du fétichisme du pied sont aussi extrêmement fréquents : les amateurs aiment avoir en face de leurs yeux la plante des pieds. Certains veulent qu’on leur mette des coups de pied dans les couilles avec des escarpins [cette pratique aussi porte un nom, le « ballbusting », ndlr]. Je mets un point d’honneur à y aller suffisamment doucement pour ne pas blesser la personne. Ça ne m’intéresse pas de rendre des gens stériles.

Parmi les choses les plus étonnantes qu’on m’a demandées, je retiens ce type qui voulait qu’on lui ouvre le pénis avec un scalpel dans le sens de la longueur pour accéder à son urètre, parce que la sonde urétrale, voyez-vous, ce n’était plus assez pour lui. J’ai dit non merci, de même qu’à celui qui voulait être enfermé dans un placard, qu’on lui insère des entonnoirs partout et dans lesquels on verserait tout un tas de liquides. À l’inverse, c’est drôle, de nombreuses personnes m’assurent au téléphone qu’elles sont très cérébrales, alors qu’en les rencontrant je m’aperçois immédiatement qu’elles ont juste envie de se mettre à quatre pattes et de se faire enculer.

Certains sont à l’aise parce qu’ils font souvent appel à des dominatrices, mais, la plupart du temps, les clients sont très intimidés. J’ai remarqué que leur degré de gêne dépend beaucoup de leur âge et de leur pouvoir d’achat. Les riches sont des gens qui ont l’habitude de payer pour obtenir ce qu’ils veulent, le BDSM est quand même un sport de riches. Hors de question pour moi d’accueillir un client, terrorisé ou non, en lui disant : « Baisse les yeux, sale merde, va lécher les chiottes et qu’ça saute. » Je leur parle, les mets à l’aise, m’assure qu’ils sont bien. J’ai déjà été face à des clients complètement perdus après avoir réalisé un fantasme qui les travaillait depuis des années et qui se rendaient compte que, finalement, ce n’était pas du tout pour eux. Il y a aussi ceux qui, après avoir sauté le pas, développent une addiction à leur fantasme et à moi. Je n’ai pas envie de ça. On ne se revoit pas. »

* Tan est aussi anthroposexologue et fondatrice de l’association Polyvalence.

2. Les clients de Tan sont exclusivement des hommes, car elle ne souhaite pas entrer dans un rapport de domination avec des femmes, exception faite de celles qui viennent avec leur partenaire masculin.

Publié le 17 Juillet 2017
Auteur : Propos recueillis par Clarence Edgard-Rosa | Photo : J. Gallo / PLAINPICTURE
10616 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette