causette Monsieur Publié le 03 Juillet 2017 par Eric La Blanche

Mais qu’est-ce qui fait pleurer les hommes ?

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Aux messieurs, un léger reniflement et une vague humidité au coin de l’oeil suffisent parfois pour exprimer certaines émotions. Pourtant, on ne saurait nier qu’en quelques décennies, la gamme des émois masculins s’est enrichie et que les larmes des mecs ne sont plus taboues. Même si les dames restent encore looooin devant.

Attaquons tout de suite par quelques chiffres provenant de la Société allemande d’ophtalmologie (DOG) : du solide, quoi. Les hommes pleurent quatre à cinq fois moins que les femmes. Ils pleurent également moins longtemps, dans des occasions différentes et ne sanglotent pas. Notons que ces différences n’apparaissent qu’à l’adolescence. Avant, tous les kinder (les enfants, pas les oeufs), filles ou garçons, pleurent pareil. Ajoutons enfin que les hommes pleurent lorsque l’occasion les y autorise : lors d’un décès, d’une rupture ou par compassion (le cas d’une finale de Coupe du monde n’étant pas évoqué dans l’étude). Quant aux femmes, elles fondent en larmes lorsqu’elles se sentent « dépassées », lors de conflits ou… par nostalgie, en se remémorant des épisodes de leur vie, constate la DOG. Ce ne sont que de grands traits et on ne chiale sans doute pas outre-Rhin exactement de la même façon qu’ici, mais ça donne une idée générale : les garçons ne pleurent pas… comme les filles.

« Les mâles, les vrais, ne pleurent pas “pour rien” », écrit ironiquement Patrick Lemoine, psychiatre et auteur du Sexe des larmes. « Ils ne le font que […] lorsqu’ils ont très mal ou s’ils affrontent une très grande peine, ou une très grande joie. » Bref, sobre et économe, le mâle « tradi ». Précisons d’ailleurs que ce même archétype n’a pas toujours été avare de pleurnicheries. L’hoplite grec, tel Achille, n’hésitait jamais à pleurer bruyamment les bons copains morts à la bagarre. Idem au Moyen Âge où Roland, star de la chanson (de geste), pleurait sans gêne son bon poto Olivier, occis par les Sarrasins. Ajoutons enfin qu’au XVIIIe siècle, à la cour du roy, il n’était point malvenu de ruiner son maquillage par quelque larmoiement bien senti lors d’une représentation théâtrale. Mais depuis, plus rien. Pendant les deux siècles qui suivirent, l’oeil masculin resta sec comme mon compte en banque. Mais ça, c’était avant, parce que l’homme moderne semble avoir d’autres ambitions, niveau extériorisation des afflictions.

... La suite dans Causette #80.

Publié le 03 Juillet 2017
Auteur : Eric La Blanche | Photo : illustration : Camille Besse
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