Justice Publié le 28 Juin 2017 par Marie Parmentier

''Le silence est tellement confortable'' Procès Sidney Amiel

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Sidney Amiel, avocat, figure du barreau d’Eure-et-Loir, a écopé de dix ans d’emprisonnement pour viol et agressions sexuelles. Son procès n’a pas seulement été celui d’un prédateur, mais aussi celui d’une emprise : de par sa position, l’homme réduisait ses victimes au silence.

Clientes, collaboratrices, secrétaires et ex-belle-fille de l’avocat… pendant trois semaines, la cour d’assises des Yvelines s’est remplie des mots de dizaines de femmes abusées par Sidney Amiel. Des agressions qui se déroulaient souvent dans le secret de son cabinet. Certaines racontent les attouchements, d’autres, la position des mains sur les épaules pendant la fellation forcée, le « Kleenex » donné après l’acte « pour s’essuyer ». Lors de l’audience, à quelques mètres derrière elles, l’ancien avocat de 67 ans secoue la tête, nie tout.

Trente ans de violences sexuelles

Longtemps, dans la ville de Chartres (Eure-et-Loir) où l’avocat sévissait, ceux qui pouvaient parler se sont tus. « Il y avait des rumeurs sur ses mains baladeuses, reconnaît son associé. Mais c’était compliqué de lui en parler, c’était un ami. » Prévenu dès 1995, le Conseil de l’ordre du barreau de Chartres n’a, quant à lui, pas jugé bon de convoquer son éminent confrère. Interrogés à la barre, des bâtonniers, qui ont pourtant recueilli les confidences de plusieurs victimes, ont justifié leur inertie en criant au « respect du secret professionnel » et à « la présomption d’innocence ». Il faudra attendre 2011 et la mise en examen de Sidney Amiel pour viol pour qu’il soit enfin suspendu.

C’est l’une de ses clientes qui, en juillet 2010, a brisé l’omerta. Alors qu’elle venait consulter Sidney Amiel pour un cas de harcèlement sexuel, celui-ci lui lèche le cou et le visage en lui disant « donne-moi ta bouche, donne-moi ta langue ». Elle porte plainte. Une enquête est ouverte, les témoignages se multiplient : trente ans de violences sexuelles remontent à la surface. Trop tard pour la majorité d’entre elles. Seules une plainte pour viol et quatre pour agressions sexuelles sont retenues, vingt-huit dossiers sont prescrits.

Dominique* s’est tue pendant sept ans : « Le silence est tellement confortable. Quand on parle, il faut se gérer soi et gérer les autres. » À l’audience, cette avocate de 45 ans va raconter ce matin de 2003 où son patron l’a plaquée contre un mur. « Il a mis la main dans mon pantalon, puis dans ma culotte. Il m’a introduit un doigt dans le vagin. » À la barre, elle évoque la peur de briser sa carrière en dénonçant ce notable qui a pignon sur rue : « À l’époque, il fallait finir ce putain de stage de deux ans pour poser sa plaque. Vous venez d’acheter une maison, vous avez deux enfants, donc vous tenez. »

Porter plainte ? Une autre avocate confie : « Je ne me voyais pas aller au commissariat raconter ce genre de détails alors que j’y travaille régulièrement pour des gardes à vue... » Pour Pierre-Ann Laugery, avocat de Dominique, il s’agit d’un « dominateur », un « homme dans la toute-puissance, capable de tout pour asservir, avilir ».

En clôture du procès, l’avocat général demande aux jurés une peine « sévère » contre cet avocat qui « ne pouvait pas ignorer le caractère répréhensible de ce qu’il faisait ». Le 23 juin, après huit heures de délibéré, la cour d’assises des Yvelines a déclaré Sidney Amiel coupable de tous les chefs d’accusation qui pesaient contre lui et l’a condamné à dix ans d’emprisonnement et plus de 100 000 euros de dommages et intérêts. Il a immédiatement fait appel de ce verdict.  

 * Le prénom a été modifié. 

Publié le 28 Juin 2017
Auteur : Marie Parmentier | Photo : illustration : Michel Fily
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