Culture Publié le 07 Juin 2017 par Chloé Marot

Maryam Madjidi : « Mon féminisme est un vêtement que je porte tous les jours où que je sois »

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Maryam Madjidi, prix Goncourt du premier roman 2017, interviendra le 24 juin dans le cadre du Festival Causette pour évoquer la place des femmes dans la culture. Elle a répondu à nos questions sur ses engagements en tant que femme exilée.

Causette : Vous venez de recevoir le prix Goncourt du premier roman pour Marx et la Poupée, dans lequel vous racontez votre exil d’Iran avec votre mère. Cette expérience a-t-elle forgé des convictions sociétales particulières en tant que fille et femme ?

Maryam Madjidi : L’exil est une expérience qui forge n’importe quel individu, qu’il soit femme ou homme. Pour ma part, en tant qu’exilée iranienne, l’exil a été avant tout un exil politique, mais surtout, un exil choisi par mes parents afin de m’éviter de grandir dans un pays qui bafoue les droits de la femme. Mon père ne pouvait supporter l’idée que sa fille soit soumise à des lois qui réduisent son sexe dans une société où elle serait toujours « la moitié de l’homme. » Donc, très tôt, j’ai été sensibilisée aux questions féministes.

Vous interviendrez lors du Festival solidaire Causette le 24 juin prochain, lors d’une table ronde autour des femmes dans la culture. Pourquoi avoir accepté d’y participer ?

M. M. : Tout d’abord parce que je suis une lectrice fidèle du magazine Causette et aussi parce qu’il est important pour moi de faire entendre les voix des femmes. Et ma participation à ce festival est une expression de mon engagement. La culture du « féminin égal au masculin » a semblé être à l’agenda politique pendant la campagne présidentielle.

Selon vous, est-ce le signe d’une avancée qui s’annonce ou un simple élément de communication ?

M. M. : Je me méfie énormément des discours politiques et des campagnes présidentielles parce que, justement, ces discours sont toujours entachés de communication, de rhétorique et de sophisme destinés à séduire le plus grand nombre. J’ajouterai que ce combat revient à chaque femme car, comme le disait Simone de Beauvoir, nous devons rester vigilantes toute notre vie durant, car le moindre changement politique, religieux et économique pourrait remettre en cause les droits acquis. C’est cette vigilance qui permettra une avancée toujours plus grande dans ce domaine et évitera un recul et une perte des acquis. Vous êtes très engagée dans les collectifs d’aide aux migrants, après avoir enseigné dans les circuits classiques. Dans le contexte actuel en Occident, c’est forcément un engagement politique…

Quel message culturel souhaitez-vous transmettre aux migrants que vous aidez ?

M. M. : J’aimerais d’abord m’excuser auprès d’eux pour toutes les expulsions forcées, les centres de rétention, le racisme grandissant que les différents gouvernements ont mis en place. J’en ai honte, terriblement honte, car je ne reconnais plus le pays qui nous a accueillis en 1986. J’aimerais leur dire et leur prouver qu’il existe une autre France, celle qui m’a appris la liberté et l’esprit critique, et qu’à travers l’enseignement du français, j’essaie de leur transmettre ce visage-là de la France. Je voudrais aussi leur dire qu’il est important qu’ils préservent leur culture d’origine et qu’ils avancent avec elle, mais qu’ils accueillent aussi ce nouveau pays en eux, qu’ils puissent aussi s’ouvrir à ce que la France a de plus beau et de plus précieux.

Le Festival solidaire Causette souhaite devenir un vrai rendez-vous de l’égalité entre femmes et hommes. Qu’est votre féminisme ?

M. M. : Je suis une femme, donc je suis féministe. C’est aussi simple que ça. Je me suis toujours demandé comment certaines femmes pouvaient refuser le féminisme, et même comment certains hommes pouvaient se moquer ou caricaturer un combat aussi crucial que l’égalité des sexes. Mon féminisme est un vêtement que je porte tous les jours où que je sois : en tant qu’enseignante dans mon travail avec les mineurs isolés étrangers, en tant qu’auteure, en tant qu’amie, amante, sœur, citoyenne, voyageuse, dans toutes les situations de la vie quotidienne, je suis aux aguets et je combats les clichés, les préjugés et c’est une joie de voir que de plus en plus d’hommes et de femmes rejettent les vieilles valeurs traditionnelles qui nous enferment dans des identités sexuelles totalement surannées. 

Publié le 07 Juin 2017
Auteur : Chloé Marot
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