Société Publié le 01 Juin 2017 par Alizée Vincent

Pays du Golfe : jouez et gagnez une esclave ! 0/06/17

blog post image

Grand jeu-concours : un partage sur Instagram contre une Éthiopienne prête à récurer votre pavillon ! C'est peu ou prou l'annonce qu'a publiée l'agence d'aides ménagères bahreïnienne Al-Hazeem Manpower sur ses réseaux sociaux, fin avril, qui promettait d'offrir « une domestique éthiopienne » à l'un des internautes qui suivrait et partagerait cette publicité. Un peu comme un cadeau Bonux pour les meilleurs internautes. Depuis, l'agence a vu son activité suspendue par le gouvernement. Sur sa page Facebook, entre deux citations inspirantes du style « suivez vos rêves » sur fond de ciel étoilé, on voit encore défiler les dernières offres.

Option « assurance fuite »

La plus « discount » ? « Deux ans d'assurance fuite » pour compenser les fugues d'employées de maison terrorisées. Sur d'autres sites, on peut vérifier le « statut marital » des domestiques, les choisir au faciès ou comparer leur « prix », qui peut descendre à 50 dinars (118 euros) par mois selon un forum pour femmes expatriées.

Cette situation « concerne tous les pays du Moyen-Orient », précise le politologue spécialiste du Golfe Jean-Paul Burdy, interrogé par Causette. Des milliers de femmes immigrées y sont réduites à une situation de « quasi-esclavage » et plus proches du « rang d'objet ménager » que celui de salariées. Pour la plupart venues d'Asie, « et notamment des Philippines », elles sont victimes du système de la « Kafala », qui permet aux riches foyers de faire venir dans le pays des étrangères qui se font la plupart du temps confisquer leur passeport à leur arrivée, puis martyriser par leur « employeur ». « Les viols de domestiques sont de notoriété publique », déplore Jean-Paul Burdy et « la législation censée les protéger n'est pas respectée ». 

 

Vidéos terrorisantes

L'an dernier, une Koweitienne a filmé et publié sur Internet une vidéo de son employée suspendue à la fenêtre d'un immeuble, qui appelait à l'aide avant de chuter plusieurs mètres plus bas. En janvier, un compte Snapchat saoudien a diffusé des vidéos incitant à terroriser « sa » domestique en lui hurlant dessus ou en l'accusant d'utiliser la magie noire pour lui prouver qu'elle ne mérite pas d'être payée, rapportent les journaux locaux. Derrière le coup publicitaire foireux de l'agence bahreïnienne, un océan de mépris et de servitude impunie. 

 

Publié le 01 Juin 2017
Auteur : Alizée Vincent | Photo : illustration : Besse
14782 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette