Festival Solidaire Publié le 22 Mai 2017 par Propos recueillis par Maëlys Peiteado

Chiara Condi de Led by Her : se créer un avenir, c'est se donner une nouvelle chance

blog post image

Depuis quatre ans déjà, l’association Led by Her propose des formations d’entrepreneuriat gratuites aux femmes victimes de violences. Grâce à l’expertise d’écoles de commerces partenaires et de collaborateurs d’entreprise, elle leur permet de mener à bien leur projet professionnel afin de se reconstruire, le regard tourné vers l’avenir. Passée par Sciences-Po, Harvard, diplômée de lettres, d’histoire et d’économie, la brillante fondatrice Chiara Condi nous décrit son combat. 



Causette : Pouvez-vous expliquer en quelques mots le fonctionnement de Led by Her

 

Chiara Condi : Chaque année, nous offrons un programme d'entrepreneuriat à trente femmes victimes de violences qui ont envie de développer un projet. Au mois de septembre, une nouvelle promotion débute une formation de trois cents heures jusqu'au mois de juillet. Elle est encadrée par une équipe pédagogique émanant des écoles de commerce partenaires, IESEG et ESCP, composée de coachs professionnels, d’experts ou de collaborateurs d'entreprise. Le but est d’apprendre à ces femmes les ficelles de l'entrepreneuriat, le marketing, ou encore la communication. Elles viennent souvent avec une passion en tête, Led by Her leur montre comment faire tourner un business. Un tiers de nos programmes est aussi tourné vers le développement personnel, comprenant des heures de mentorat individuel. Nous tenons beaucoup au fait de travailler sur la condition de la personne elle-même pour (re)trouver son identité, sa motivation. On souhaite les aider à se reconstruire. 

 

De quelles violences parle-t-on ici ? 

 

C. C. : De violences au sens large, peu importe qu'elles aient été physiques ou psychologiques. En général, on n'est pas très regardants sur la nature des problèmes qu'ont traversés les femmes que nous formons. On ne va pas leur poser des questions sur leur passé, on les laisse s'autodéfinir. Par ailleurs, la violence est présente dans tous les milieux socio-économiques, c'est pourquoi nos promotions sont très hétérogènes, avec des femmes pas forcément françaises, âgées de 37 à 50 ans. 

 

Comment ces femmes viennent à vous ? 

 

C. C. : Elles nous sont présentées par notre réseau composé d'associations comme Stop aux violences sexuelles, L'Amicale du nid ou encore le club d'escrime du VIIIe arrondissement de Paris (où sont organisés des ateliers thérapeutiques pour les victimes de violences sexuelles). Notre réseau peut changer un peu d'une année à l'autre, car les associations nous présentent uniquement des femmes prêtes pour la formation. 

 

À quel moment sont-elles suffisamment prêtes ? 

 

C. C. : On fait une entrevue pour juger de leur motivation. Ça dépend de chacune, toutes les femmes ne prennent pas le même temps pour arriver au stade de résilience. Mais, selon moi, une femme qui vient nous voir en nous disant qu’elle veut lancer un projet va bien. Elles sont prêtes quand elles pensent à l'avenir, que leur passé est devenu moins lourd à porter. 

 

Vous avez travaillé pour la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), où vous traitiez déjà des problématiques de ce genre. Pourquoi avoir quitté ce poste ?  

 

C. C. : Certes, je travaillais sur les mêmes thématiques, mais de façon très différente qu'avec Led by Her. Nous avions des projets vraiment macro, avec de grandes structures et donc loin du terrain. C'était des tâches plutôt intégrées dans la politique d'investissement de la banque. La mission était la même, basée sur le paramètre des femmes, mais toujours liée à d'autres thèmes : finance, agriculture, etc. Moi, je voulais plus de proximité, agir de façon locale en ayant un impact réel sur la vie des femmes.

 

C'est ce qui vous a poussée à lancer Led By Her ?

 

C. C. : J'avais déjà travaillé sur la problématique des violences, j'ai toujours été étonnée de voir à quel point elle affectait énormément la population mondiale, et ce, dans tous les niveaux socio-économiques. Malgré ça, il n'existe aucune solution pour que les femmes puissent se reconstruire une fois qu'elles ont subi des violences. J'ai eu envie de penser aux solutions pour « l'après ». 

 

Vous-même, après avoir quitté votre poste à la BERD, vous avez vécu une période difficile durant laquelle vous êtes tombée gravement malade. 

 

C. C. : Oui, j’ai traversé une longue période sans travailler, c'était très difficile de trouver quelque chose m'aidant à comprendre qui j'étais et à construire un projet à partir de ça. En créant Led by Her, j'ai créé le programme que j'aurais voulu avoir, notamment à cette époque. Un partenaire m'a dit un jour que pour les femmes que nous formions, Led by Her n'était pas l'élaboration d'un projet en soit mais de toute une nouvelle vie. Se créer un avenir, c'est se donner une nouvelle chance.

 

En ce qui concerne le monde du travail et les opportunités professionnelles, vous avez le sentiment que les choses changent pour les femmes ? 

 

C. C. : J'en parle avec beaucoup d'entreprises que je rencontre et, malheureusement, la réponse qu'on me donne est négative. Il y a toujours très peu de femmes à des hauts postes. Pour de multiples raisons, elles n'arrivent pas à saisir les opportunités professionnelles. Malheureusement, dans notre société, ce n’est pas le temps qui va faire bouger les choses comme par magie. Il faut des mesures pour pousser les femmes, les convaincre. En plus, lorsqu’elles existent, elles s’avèrent efficaces. 

 

Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, semble assez sensible aux thèmes de l'entrepreneuriat. Vous attendez quelque chose de son quinquennat ? 

 

C. C. : J'attends beaucoup de choses de lui ! [Rires.] En tant que ministre de l'Économie, il a fait pas mal de choses pour les start-ups, c'est vrai. Donc, je pense qu'il y a beaucoup d'attentes de la part des entrepreneurs, d'autant plus que c'est rare qu'un président de la République connaisse ce monde professionnel aussi bien que lui. Pour moi, il faut continuer les financements afin de créer un écosystème et encourager les projets construits par les femmes. J'espère aussi qu'il y aura plus de programmes destinés aux femmes, car elles représentent seulement 30 à 38 % des entrepreneurs. Ça boosterait l'économie. En tout cas, j'ai plein de solutions à lui proposer ! 

 

Retrouvez Chiara Condi lors de la table ronde « Toutes entrepreneures », vendredi 23 juin à 13 heures, à La Causerie, au parc Palmer à Cenon (33).

Publié le 22 Mai 2017
Auteur : Propos recueillis par Maëlys Peiteado | Photo : DR.
6349 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette