Culture Publié le 02 Novembre 2010 par Marie Gallic

John & Jehn Tea For Two

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John & Jehn n'ont rien à voir avec John Wayne et Calamity Jane. Avec un orgue, une guitare et une basse, le duo le plus glamour de la scène pop rock française compose des comptines sombres et minimalistes que l'on verrait plus au générique de La Soif du Mal d'Orson Welles qu'en remplacement de l'harmonica d'Il était une fois dans l'ouest. Et puis John et sa compagne, à la ville comme à la scène, ont plus à voir avec la grisaille de Cornouailles qu'avec le soleil ardent du désert californien. Nés à Angoulême et Poitiers, les amoureux ont quitté notre douce France pour nourrir leurs fantasmes rock outre-Manche. Un risque côté à 1000 contre 1, vu la nombreuse concurrence de «groupes Kleenex» essuyant les critiques dithyrambiques de la puissante presse musicale britannique, NME en tête, avant d'être jetés à la poubelle.

«Down in Albion»

 

N'écoutant que leurs cœurs battant à la cadence de la boîte à rythmes qui les accompagne dans la tournée anglaise de la première chance, ils écument bars et pizzerias bas de gamme à la poursuite de leur rêve obsessionnel: la musique sinon rien. «Le studio, c'est l'endroit où l'on doit être. La musique, ce que l'on doit faire. C'est à ce moment que l'on se sent une utilité sur Terre » analyse Jehn aujourd'hui. Pari réussi: fin 2008, le premier album éponyme en forme de diptyque (5 titres pour John, 5 titres pour Jehn) est très bien reçu au pays de Sa Majesté. L'accueil tricolore sera tout aussi enthousiaste. « On a été très surpris par notre succès en France mais cela ne sonne pas comme une revanche, on n'est pas parti fâché et on est toujours très content de revenir.»

 

John & Jehn ne reposent pas pour autant les valises en Sarkozie même s'ils ont quitté la maison londonienne de leur manageuse avant l'enregistrement du deuxième album. Sans couper le cordon ombilical cependant. «On a arrêté de tous vivre sous le même toit d'un commun accord, ça devenait trop. Mais on bosse toujours avec Sally et on n'est pas allé bien loin; on vit désormais à trois rues de chez elle! Le matin, elle sonne chez nous après avoir promené son chien. On a de la chance d'avoir une manageuse impliquée mais, du coup, elle peut être très stressante ce qui est difficilement gérable quand tu travailles sur un album.»

 

Time For The Devil

 

Time For The Devil, leur seconde galette est dans les bacs depuis mars 2010. Et, surprise, la charmante économie de moyens des débuts laisse place à des arrangements pop plus luxuriants mais aussi plus classiques. La marque du professionnalisme. « On a réalisé qu'il pouvait se passer plein de choses en dehors de nous deux. J'ai vraiment l'impression de jouer de la musique aujourd'hui par rapport à nos concerts du premier album qui étaient sans doute plus dans le registre de la présentation » avoue Jehn. Mais l'expérience passe par un contrat sanglant avec Satan. « J'ai clairement vendu mon âme au diable, de par mon métier... Ou plutôt, je vis dans un univers parallèle. J'essaye de ramener un maximum de normalité dans ce qu'on fait car, notre boulot étant de cultiver notre imaginaire, on se retrouve souvent prisonnier de ce monde illusoire » confesse John. « L'imaginaire est une porte vers la folie, c'est ça qui fait peur » confirme sa moitié. « J'ai très peur de ça, oui. Les gens croient que je suis un camé parce que je suis stressé et fatigué mais, je ne bois même pas d'alcool ! Ramener de la rationalité dans la profession de rock star, c'est hyper dur. La seule solution, c'est le travail, offrir son imaginaire au public. » Jehn tempère : « mais parfois tu donnes tellement, en concert notamment, que tu ressors vidé. Et ce vide est terrifiant. J'ai peur de n'avoir rien à dire après. » John travaille sans filet : « c'est pas de n'avoir rien à dire qui me fait peur mais plutôt de ne pas pouvoir le dire. »

 

« Kills » me softly

 

La boîte à rythmes a disparu en même temps que l'innocence. « On ne voulait pas devenir un karaoké géant en continuant à jouer sur des samples, donc, de manière très pragmatique, on a engagé un groupe » (un batteur et une claviériste / bassiste les accompagnent désormais sur scène, ndlr). De quoi faire changer de disque aux paresseux qui ne peuvent dissocier l'alliance fille + garçon + boîte à rythmes du transpirant duo rock anglo-américain, The Kills. « On a encore poussé un coup de gueule tout à l'heure sur Le Mouv' contre un journal qui a osé nous appeler « les Kills français ». Faut arrêter ces comparaisons de feignasses, ça n'a pas de sens ! Ça dessert complètement l'artiste et le journaliste qui passe pour un crétin en écrivant cela. Pourquoi les groupes français devraient-ils forcément être des réductions de groupes anglais ou ricains ? C'est à cause de ce genre de raccourcis que les étrangers ont l'impression que la scène française est minable alors qu'on a de purs groupes comme Poni Hoax et Phoenix... »

 

Descente de marronniers

 

Le message est clair : ras-le-bol des clichés journalistiques comme la légende urbaine du « cap difficile du deuxième album » que l'on retrouve chaque fois qu'un groupe passe la seconde. « Le music business se désintéresse de ton cas quand tu n'es plus une nouveauté mais nous, on se sent toujours aussi frais, on est même encore plus enthousiaste car on tente de nouvelles choses. » L'étape du deuxième album, c'est plutôt les aléas du métier qui rentrent. « On a appris qu'il était très difficile de démentir ce qui est écrit entre guillemets sur papier. On ne te croit pas. T'as plus qu'à vivre avec. Le plus fou, c'est que les gens accordent plus de confiance à ce qui est écrit dans une interview qu'à tes textes. Ian Curtis disait clairement dans ses paroles qu'il allait se foutre en l'air mais tout le monde a pris ça pour de la simple poésie. » Et le jeune homme de 23 ans s'est pendu en 1980. John & Jehn parlent aussi d'amours déchus et invoquent pas mal d'ésotérisme dans leurs chansons mais semblent plus équilibrés que l'épileptique chanteur de Joy Division (groupe mythique pionnier de la cold wave, ndlr). On devrait donc pouvoir les tanner avec un nouveau marronnier à la sortie troisième album, « celui de la maturité ».

 

À écouter :
Time For The Devil (Naïve), 2010.
John & Jehn (Faculty Music Records / Ping Pong), 2008.

Publié le 02 Novembre 2010
Auteur : Marie Gallic | Photo : Spela Kasal pour Causette
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