cinema Publié le 16 Mai 2017 par Ariane Allard

Cannes : une ouverture risquée

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“Les Fantômes d'Ismaël”, le nouveau film d'Arnaud Desplechin, chouchou des cinéphiles français, a été choisi pour ouvrir le Festival international de Cannes ce 17 mai. Une évidence... pas si évidente que ça.

Un film d'auteur très auteur et très français, tissé de mille fils, à la fois frénétique et passablement déstructuré : houlà... voilà un pari risqué pour lancer (hors compétition) les festivités cannoises ! Pas sûr, de fait, que Les Fantômes d'Ismaël, le nouveau film d'Arnaud Desplechin, ne déconcerte pas - un peu, beaucoup, énormément - les milliers de festivaliers fraîchement arrivés du monde entier. Donc pas encore tout à fait au taquet. Petite revue de ses points forts et de ses points faibles, puisque, voyez comme ça tombe bien, il vous attend également en salles ce 17 mai ! Sa version courte (1 h 54) tout du moins...

Pourquoi c'est évident

Déjà, parce que ça n'est pas la première fois qu'un film français non calibré ouvre le Festival international de Cannes. La Tête haute, d'Emmanuelle Bercot, le fit avec allant et talent en 2015. Dûment encensé par la presse puis le public dans la foulée. Un précédent réconfortant, en quelque sorte. Ensuite, parce que ça n'est pas la première fois (non plus) qu'Arnaud Desplechin, homme pressé, emprunte le chemin de la Croisette. De La Vie des morts, sélectionné à la Semaine de la critique en 1991, à Jimmy P., en compétition pour la Palme d'or en 2013, ce chouchou des cinéphiles est devenu un jeune vieux routier du festival au fil du temps. Trouvant systématiquement un créneau, dans l'une ou l'autre des sections pour loger chacune de ses propositions stimulantes (et denses) : la Quinzaine des réalisateurs, il y a deux ans, eut ainsi la bonne idée de repêcher son remarquable Trois souvenirs de ma jeunesse, curieusement snobé par la sélection officielle. Enfin, parce qu'il n'est pas un Festival de Cannes qui ne s'ouvre sans un casting scintillant et glamour. L'enjeu étant, bien sûr, de drainer tous les regards sur son tapis rouge. Donc de lui donner un retentissement international dès le premier soir. Or, là-dessus, rien à dire : Les Fantômes d'Ismaël, d'Arnaud Desplechin, affiche un générique à peu près renversant puisqu'on y retrouve Marion Cotillard, Charlotte Gainsbourg, Louis Garrel et Mathieu Amalric (acteur fétiche de Desplechin). En clair, il fait le job.

Pourquoi ça ne l'est pas forcément

Parce que la forme, le ton et les enjeux de ce nouvel opus « desplechien » – tout entier dédiés au vacillement de son personnage principal – risquent de surprendre, voire d'irriter les festivaliers cannois. Cinéphiles sans doute (l'ombre tutélaire du Huit et dem, de Federico Fellini, ne saurait leur échapper), mais pas nécessairement soucieux de plonger d'emblée dans un film aussi énigmatique. De fait, même si Desplechin a toujours lié l'art du cinéma à la psychanalyse, on n'est pas obligé de se sentir concerné par une œuvre qui semble se chercher autant que son héros !


Jugez plutôt : Les Fantômes d'Ismaël raconte les affres d'Ismaël (Mathieu Amalric, donc), un cinéaste passablement compliqué dont la vie est violemment chamboulée par la réapparition d'un amour disparu à la veille du tournage de son nouveau film. Bien sûr, de prime abord, on retrouve plusieurs des thèmes de prédilection de ce grand obsessionnel qu'est Arnaud Desplechin. Celui de l'autofiction mal aimable, via ce portrait d'artiste en adulte inachevé (son alter ego probable). Ou celui d'une cellule familiale (le couple formé par Ismaël et sa fiancée astrophysicienne, interprétée par Charlotte Gainsbourg) perturbée par un élément étranger (le fantôme du titre, interprété par Marion Cotillard).


Habité, jalonné de purs moments burlesques ou de séquences inouïes de poésie, ce récit « familier » parvient donc à être saisissant. Mais uniquement par à-coups. Sans que la greffe (du film dans le film, notamment) ne prenne vraiment. Heurté, éclaté, disruptif tout le long, il laisse même in fine un goût d'inachevé, sinon d'échec. Pas forcément la meilleure façon d'amorcer « le plus grand festival de cinéma au monde ». À moins d'y voir là un message subliminal...


Les Fantômes d'Ismaël, d'Arnaud Desplechin. En salles le 17 mai.

 

Publié le 16 Mai 2017
Auteur : Ariane Allard
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