Reportages Publié le 03 Avril 2017 par Solène Chalvon

La radio des chagrins d'amour

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Depuis cinq ans, tous les mercredis soir, l’émission La Nuit des amoureux donne la parole aux coeurs brisés d’Afghanistan. Les récits reflètent la complexité d’un pays à deux vitesses, où l’on pleure, ici, un amant éconduit sur Facebook, et là, un mariage forcé avec un vieil oncle.

La voix de Zabi file à toute allure. Puis paraît s’étrangler, submergée par la violence du souvenir. Les sanglots s’allongent, ponctués de sons aigus, presque inhumains. Les animateurs de La Nuit des amoureux ne savent que faire : dans la vie de tous les jours, rares sont les hommes afghans qui expriment aussi franchement leurs émotions. Celui-là doit avoir le coeur bien lourd. Alors que les règles de l’émission leur interdisent de commenter les suppliques dont ils sont les dépositaires, Omid ne tient plus et saisit le micro. « Je suis désolé pour toi, Zabi. Nous sommes là pour t’écouter. Prends le temps de nous raconter les détails de ton malheur », apaise l’animateur de sa voix chaude. À l’autre bout du téléphone, Zabi se reprend péniblement. Et lâche, dans un souffle : « Celle pour qui mon coeur brûle… son nom est Sapna. » L’épanchement, d’une tristesse inouïe, dure treize minutes, durant lesquelles les deux animateurs vedettes, Omid et Hadia, trop occupés à sélectionner LA bonne musique mélodramatique pakistanaise qui accompagnera la plainte de Zabi, n’échangent aucun regard. Ils n’ont que trop l’habitude de ce type d’appels.

... La suite dans Causette #77.

Publié le 03 Avril 2017
Auteur : Solène Chalvon | Photo : Sandra Calligaro / Picturetank pour Causette
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