Coup de gueule Publié le 28 Février 2017 par Clémentine Rigot

Kayane : « Le harcèlement, c'est un grand mot pour eux »

blog post image

Après s'être confiée sur les réseaux sociaux à propos du harcèlement dont elle a été victime, Kayane a accepté de répondre aux questions de « Causette » pour témoigner du chemin parcouru, de la première plainte déposée à l'arrestation de son suiveur.

Kayane est championne de jeux vidéo, catégorie combats virtuels, et animatrice télé. Interviewée par Causette, il y a un an, sur son parcours (voir Causette #69), c'est sur un tout autre registre que la jeune femme s'est livrée cette semaine sur son compte Facebook. Depuis plusieurs mois, Kayane est victime de harcèlement. Un jeune homme, qui semble souffrir d'érotomanie, la « traque, se rend devant les lieux de travail de [sa] famille, publie sur les réseaux sociaux des photos [d'elle] petite et [lui] envoie des messages d'amour » – dont elle ne veut pas.

Lorsqu'elle va porter plainte pour la première fois, Kayane ne se sent pas du tout prise au sérieux. « Les policiers haussent les sourcils : le harcèlement, c'est un grand mot pour eux. » Pour bien prouver qu'elle est victime des agissements de cet homme et qu'elle en est traumatisée, elle doit être entendue par un psychiatre. Lequel lui dit, soutient-elle, la même chose que plusieurs policiers : « Quand on est animatrice télé, il faut en avoir les épaules. C'est normal d'avoir des fans, d'être suivie par ceux qui nous admirent. » Pour eux, il n'y a pas de quoi en faire toute une histoire.

Sauf que Kayane a très peur. Elle ne reste jamais seule, demande à un proche de dormir chez elle et sort toujours accompagnée. La jeune femme vit dans l'angoisse permanente d'être agressée par cet homme, mais tant qu'il ne s'est pas montré violent, « la police refuse d'intervenir ». Pas plus qu'elle ne décide de confronter le présumé harceleur aux dires de Kayane, alors que celle-ci a fourni la plaque d'immatriculation et même l'adresse du garçon.

Jusqu'à ce 20 février où il l'attend devant la rédaction de Gameblog où elle doit participer à un live. Conformément à ce que lui a conseillé la police, elle appelle les urgences. Les forces de l'ordre finissent par interpeller le jeune homme. « Les policiers ont dit qu'il était bizarre, qu'ils allaient lui mettre un coup de pression et c'est tout. » Kayane va devoir insister pour qu'il soit finalement placé en garde à vue.

La jeune gameuse confesse en vouloir particulièrement aux forces de l'ordre. « On s'attend à de l'empathie, mais on est face à des gens très froids, comme des robots, on n'est pas du tout pris au sérieux. » Si Kayane, personnalité suivie par des milliers de fans, a eu autant de mal à faire arrêter son harceleur et à être entendue par la police, qu'en est-il des anonymes qui sont victimes des mêmes agissements ? En partageant son histoire, la jeune femme espère briser le tabou, pousser les nombreuses victimes à se confier et, surtout, à porter plainte. Lesquelles, pour l'heure, doivent encore s'armer de patience.

Publié le 28 Février 2017
Auteur : Clémentine Rigot | Photo : K. Motolo / Red Bull Content Pool
1773 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette