Tribune Publié le 11 Février 2017 par Lætitia & George Nonone

"Dis-leur que je suis un homme noir français qui a donné sa vie à la police" 11/02/17

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En novembre, vous l’avez élue à la tête du ministère de l’Intérieur de notre gouvernement idéal (voir Causette #73). Laëtitia Nonone, fondatrice de l’association Zonzon 93 et membre de la coordination nationale « Pas Sans Nous », a souhaité réagir à l’interpellation ultra-violente de Théo, à Aulnay-sous-Bois. Ce texte est né de la conversation téléphonique qu’elle a eu le 9 février avec son père, ancien fonctionnaire de police.

Dès que j'ai eu vent de l'affaire de Théo [qui s’est passée le 2 février, ndlr], j'ai appelé mes amis d'Aulnay-sous-Bois. Cette ville est à 5 min de chez moi. J'ai eu la confirmation des faits et là, j'ai senti une énergie négative me traverser. Le désespoir, la fatigue…

Depuis 3 ans, mon père et moi nous essayons de resserrer les liens entre nous, car depuis notre tragédie de 1996 [son père avait fini par retourner son arme contre sa famille, après plusieurs tentatives de suicides, ndlr] nous avons pris une certaine distance. Jeudi soir, j'ai eu une pulsion, je voulais avoir son avis, en tant que père et en tant que flic. Pleine de doute, je l'ai appelé à 21 heures (heure de Paris), il était 13 heures en Martinique. Je lui ai fait part de ma détresse et de la détresse des jeunes que j'accompagne. Mon père, quand il prend la parole, on l'écoute. C'est un très grand orateur. Je l'ai donc écouté. Et mon papa m'a réconfortée et m’a donné envie de me battre, aujourd'hui plus que jamais, pour nos droits.

« Ma fille : cette police-là, ce n’est pas la police de papa…

Quand je suis rentré dans la police en 1973, j’ai laissé mon île, la Martinique, pour offrir un avenir meilleur à ma famille. Si je suis rentré dans la police, c’était pour aider les gens, les secourir… Ma fille, si tu savais le nombre de personnes que j’ai pu aider pendant ma carrière… Je l’ai quittée en 1996, trop brutalement, mais bon…

Qu’ils se posent la question eux… Pourquoi ils sont rentrés dans la police ? Aujourd’hui, on ne devient plus policier par vocation. Comment des collègues ont pu agir comme ça ??!! Ils dégradent notre métier, notre fonction. Je suis triste ma fille car si les policiers ne font plus leur travail correctement, tu n’es plus en sécurité, et surtout là où tu vis. J’ai peur pour vous, et surtout pour tes frères…

Tout le monde ne peut pas être policier, ce métier demande de la rigueur, de l’endurance, de la patience, du contrôle de soi, de la capacité intellectuelle et mentale. Si tu veux faire respecter les lois, apprends-les et respecte-les. Il y a un gros travail à faire en interne sur les formations, la gestion du stress et le recrutement. Les ministres se succèdent mais ne se préoccupent que des résultats.

Si tu es invitée sur un plateau, porte ma voix et dis-leur que je suis un homme noir français qui a donné sa vie à la police. Le syndicaliste Luc Poignant de l’Unité SGP-FO devrait démissionner de ses fonctions car ce n’est pas son rôle de dire ce qui est bien ou non, je suis sûr qu’il y a des collègues qui se révoltent en interne mais cela vous n’allez pas l’entendre car nos voix sont portées par des syndicalistes bouffés par la politique et leurs intérêts personnels… Ce qui serait convenable est qu’il démissionne.

Ne laisse pas la vie te rendre dépressive… Apporte mon soutien à tes amis et aux familles de victimes, dis-leur qu’il en existe des policiers qui sont contre ces violences, des policiers intègres et dis-leur de se battre, encore et encore, pour plus de justice. Ma fille, si vous ne vous réconciliez pas, vous vivrez comme des animaux en cage, vous vous boufferez l’un après l’autre et la haine naîtra dans le cœur de vos enfants…

Battez-vous pour vivre en étant respecté, ne lâchez-rien. »

Publié le 11 Février 2017
Auteur : Lætitia & George Nonone | Photo : archives familiales
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