Au lance-flammes Publié le 06 Janvier 2017 par Liliane Roudière

Rocco, héros à deux boules 06/01/16

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La récente sortie en salles de «·Rocco·», documentaire consacré à l’acteur porno Rocco Siffredi, a été l’occasion pour ce dernier de faire la tournée des plateaux télé. La star du X, en mode rédemption, a fait grimpé l'audimat face à des interviewers sous le charme, à deux doigts de le canoniser vivant. Plus c’est gros, plus ça passe…

C'est un bon client, Rocco, c'est vrai. Il est grand, il beau, riche, célèbre, il a une belle femme qui l'aime, de beaux enfants itou, il a un accent italien charmant et il n'est pas bête du tout. Il est même plutôt au-dessus du niveau de ses interviewers qui adorent le résumer à 26 cm de chair.
Il dit vouloir quitter le porno et se racheter de ses péchés. Et c'est affligeant. Ce biopic est à voir, mais pas pour les raisons évoquées plus bas. Il montre un homme asphyxié et dégoûté par une sexualité hors norme – « des situations à vomir », dit-il – mais qui a su l'exploiter en montant un empire sur l'air dangereux de « la sexualité vraie, c'est se pousser vers la mort ». C'est un film cynique, troublant, drôle aussi (mais je ne sais pas si c'est voulu), attachant par certains côtés, qui se concentre sur la légende que Rocco a voulu donner de lui – mais qui ne parle jamais des conséquences sur un-e autre que lui – ou sur ses frasques anciennes. En réussissant à légitimer son impérieuse addiction, il a érigé le sexe violent en méthode qu'il a popularisée. Il a nourri sa libido dévorante, engraissé son compte en banque, celui de l'industrie du X et il demande l'absolution. Qu'on lui donne sans confession.

Homme « christique »
Sur les plateaux télé, il est acclamé sans demi-mesure : il est « l'homme moderne », entre « ange et démon », il est « possédé », voire « christique.»  Ainsi soit-il ? Vraiment ? Oui, puisque les audiences augmentent en sa présence.
« Pour lui, le sexe est un art, et disons-le, il est plutôt doué avec son pinceau », ainsi parle Léa Salamé dans son émission culturelle Stupéfiant ! 1 pour lancer son sujet sur le « hardeur du siècle ». « Rocco Siffredi, vous êtes un objet d'art non ? » En gros – et modestement –, il répond qu'il s'est « toujours senti ainsi ». Elle évoque le documentaire « très esthétisé » et, pas bête la guêpe, lance : «J'ai eu l'impression que, pour la première fois, vous êtes vraiment nu. » (C'est marqué dans le dossier de presse.) « Qu'est-ce que ça vous a fait quand vous avez vu que votre vie était une œuvre d'art ? » Rocco en est plutôt soulagé : « Je voulais que mes fans me connaissent mieux. » Ensuite, il y aura la question : « Le porno est-il un art ? » (Je dirai que c'est aussi un peu du cochon.) Et au bout d'un moment, quand même, comme elle doit se demander ce que Rocco fiche dans cette émission, elle enfonce le clou : « Votre sexe est-il un objet artistique ? » Très humble, l'autre répond du tac au tac : « Ça fait longtemps que je le pense ! »


«Rough sex»
Bigre ! Je n'ai jamais vu de films avec Rocco. Je n'ai de lui que des images violentes rapportées çà et là, des femmes seraient maltraitées, violentées. Je m'interroge. Alors, je tape « Rocco sexe violent » sur Google. La première scène à visionner montre une actrice qui fait une pause pipi et là, Rocco arrive, il a l'air vénère, il l'attrape, la retourne, l'agenouille devant la cuvette et la prend violemment par derrière. Au moment où il va éjaculer, il lui enfonce la tête bien au fond de la cuvette et tire la chasse d'eau. Les hurlements de la femme sont effrayants. Et j'ai ça en tête quand Léa Salamé, grand sourire et yeux pétillants, l'adoube en tant qu’« icône du sexe violent », « rough sex » dans le texte. « La violence et le sexe avec une femme, c'est qu'on est connectés à un moment d'amour », affirme Rocco. Ça peut arriver, je dis pas, en tout cas, moi, je conseille qu'on ferme la porte des toilettes à clé quand Rocco est dans la pièce d'à côté. Léa Salamé tente de réagir : « Vous ne trouvez pas qu'aujourd'hui vous êtes dépassé, que vous allez trop loin ? » Rocco avoue avoir été beaucoup mais mal copié. Cependant, il la rassure d'un : « C'est le monde qui évolue. On ne peut rien faire. »
 
Au commencement, une claque
Sur le plateau du Quotidien 2, ça ne s'arrange pas. Première question de Yann Barthès : « Comment définir votre métier ? » Suspense. Silence. Rocco réfléchit. « Dur ». Rire général. Avec son joli accent italien, il déplore : « Le “romantichisme”, c'est terminé, maintenant, c'est Internet et c'est hyper violent… » Rendez-vous compte, la pression qu'il subit : « On nous demande triple pénétration. » Ouille, j'ai une pensée émue pour la dame qui reçoit tout ce monde d'un coup !
Il raconte, à un Yann Barthès sous le charme, comment l'idée de la violence lui est venue : sa petite amie de l'époque un jour, au lit,  lui colle une claque. Bim, il lui en retourne une et paf « elle a joui […]. À partir de ce jour, je me suis dit qu’aller devant et derrière pendant des heures, ça ne sert à rien [je confirme], ce n'est pas la bonne adresse, il faut rentrer dans la tête… » Applaudissements, rires... Dans un soupir, il ajoute : « Comprendre de quoi elle a besoin, c'est ce que j'aime le plus au monde. » À voir.


Casting à la Siffredi
La méthode des auditions de Rocco, pour recevoir un consentement éclairé des actrices, mais surtout, donc, pour comprendre ce dont elles ont besoin, c'est alternance de bisous (oui, bisous), de claques et introduction de la main entière... dans la bouche. Jusqu'à la glotte, jusqu'aux larmes. « Tu aimes ça ? » – « Oui (enfin, elle hoche la tête, elle peut pas parler) » – « T'es sûre ? » Vous voyez, il vérifie. Après un ultime dégueulis de salive, il retire sa main, la prend dans ses bras, fait des gros bisous, roule des gamelles en lui disant qu'elle est superbe. Et elle frétille. Je décris ce que j'ai vu dans le film, je n'invente rien.
Yann Barthès a un déclic, fugace, genre : « Au fait, vous avez toujours respecté les femmes ?» – «Toujours ! » Puisqu'il le dit... Pas de commentaires, question suivante. Yann a été troublé par « un aspect inattendu du documentaire » : le porno a usé le corps de Rocco ! Sans déconner. L'acteur a mal aux genoux, aux hanches, a des problèmes de sciatique, de prostate... C'est un métier très dur (hu hu hu). Je signale qu'une femme – bien sûr consentante – qui joue avec Rocco ne peut plus tourner aucune scène dans les jours qui suivent « car c'est impossible physiquement [c'est dans le film] » tellement elle a le c... défoncé et souvent pas mal de bleus sur le corps.
 
Université du hard
Dans un clip qui promeut la Siffredi Hard Academy (j'ai vu qu'on apprenait à sucer un mec en faisant l'équilibre sur les mains et la tête à l'envers ! Regardez, ça peut servir), qu'il a montée à Budapest, Rocco se veut rassurant : « Je n'ai jamais envoyé une fille à l'hôpital, je n'ai jamais cassé un bras ou un cul... ou alors avec respect ! » plaisante-t-il. Bon, si y a respect, c'est le principal. Barthès demande quand même si Rocco se sent responsable de cette violence pornographique actuelle. « Oui, bien sûr », acquiesce-t-il, car les gens n'ont pas compris que « le porno, ce n'était pas de l'éducation sexuelle, mais de l'entertainment. On ne fait pas ça chez soi. » Ce qu'on est con tout de même.
Pourtant, dans le porno, tout est vrai, à la différence par exemple de Massacre à la tronçonneuse : aucun acteur ne se retrouve avec la tête tranchée à la fin du tournage. Je me trompe ? Personne ne va soulever la question de ce travail qui engage le corps tout entier, le psychisme, et les traumas qui peuvent en résulter. On ne veut de Rocco que l'image de cet « homme torturé » portant sa croix. Son sexe.
Chez Ardisson 3, on compatit quand l'acteur évoque sa gêne devant les caméras en tant que père depuis que ses fils ont atteint l'âge de ses partenaires : « Ce n'est pas évident à mettre en place. » Le public, empathique, l'applaudit très fort. Ardisson rappelle que ce génie organisait et gagnait des concours de branlette au collège : « Onze éjaculations en six heures ! » Applaudissements ! Ouah ! Rires...  Ardisson lance la chanson Ti Amo et le public frappe dans ses mains, se balance, certaines filles ferment les yeux en chantant, comme enivrées. Je crois que c'est le public le plus bête du monde. Joey Starr, sur le plateau ce jour-là, ne rigole pas et n'applaudit pas. Mais il tire une révérence à Rocco : « Chez nous, dans les quartiers, Rocco, c'est la mémoire collective. » Re-rires, re-clap clap... J'ai pas dû comprendre la vanne.
Rocco vieillissant essaie de se racheter une virginité qu'il a perdu il y a fort longtemps, et pour toujours. C'est un homme violent, sur un plateau et dans la vie (voir le film), et je comprends sa femme qui s'inquiète un peu de le voir quitter le porno. Comment calmera-t-il ses pulsions ? Quant à nous, médias, arrêtons de prendre les gens ternes pour des lumières.

1. Le 9 novembre 2013 sur France 2. Meilleure audience (700 000 téléspectateurs) depuis le lancement de l'émission, en septembre.
2. Le 21 novembre sur TMC. Meilleure audience (886 000 téléspectateurs) et leadership sur cette tranche horaire.
3. Salut les terriens, 19 novembre 2016. Signalons qu’Ardisson va, paradoxalement, jusqu'à parler de viol à propos d'une séquence télé entre Cécile de Ménibus et Rocco Siffredi datant de novembre 2014.

Rocco, de Thierry Demaizière et Alban Teurlai.

Publié le 06 Janvier 2017
Auteur : Liliane Roudière | Photo : Emmanuel Guionet
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