Politique Publié le 09 Novembre 2016 par Propos recueillis par Virginie Roels

Benoît Hamon : “C'est la défaite des gardiens du Temple” 09/11/16

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Suite à l'élection de Donald Trump aux États-Unis, “Causette” a interviewé Benoît Hamon, candidat à la primaire de la gauche pour la présidentielle en France. D'autres réactions viendront.

Causette : Donald Trump vient d'être élu 45e président des États-Unis. Votre réaction ?

Benoît Hamon : Je suis revenu, il y a un mois, des États-Unis sans la certitude que Hillary Clinton allait gagner. J'y avais rencontré Bernie Sanders, les animateurs de Black Lives Matter et pas mal d'universitaires de gauche. À la lumière de leur propre campagne, ils avaient mesuré combien l'aspiration au changement était forte. Confrontés aux conséquences de la crise de la dérégulation financière de 2008 et à l'émergence d'un État de plus en plus inégalitaire, les Américains avaient le choix : soit on incarne une offre progressiste qui milite pour une société plus bienveillante et moins inégalitaire – ce qui était le projet extrêmement concret de Sanders –, soit on milite pour la restauration d'une suprématie qui s'éteint, celle de l'Occident sur le monde, avec un modèle économique prédateur. C'est la solution Trump.

Ce vote n'est-il pas avant tout anti-élite, anti-establishment ?

B. H. : Oui, et aujourd'hui, ceux qui s'arc-boutent sur le maintien de privilèges perdent. Si on veut commencer à tirer des parallèles avec la situation française, voici la question : faut-il continuer à défendre le système, comme François Hollande, Emmanuel Macron et Alain Juppé, ou faut-il incarner une autre possibilité ? L'opportunité que nous offre l'élection de Trump est peut-être de reprendre les choses de zéro et de reconstituer un bloc de pays européens qui veulent accélérer la convergence sociale. Incarner l'alternative au repli isolationniste de Trump.

Cette élection est-elle une gifle pour les médias, ainsi que pour le mécanisme de pronostics qui se plante et nous empêche de voir la réalité du terrain ?

B. H. : C'est une défaite des médias et des observateurs, qui n'ont pas voulu voir ce qui se passe, de ceux qui sont un peu les gardiens du temple. Et en même temps, c'est la victoire d'une autre forme de pouvoir, qui mêle argent, cupidité, médias encore... Mais aussi : homophobie, islamophobie et sexisme.

N'y a-t-il pas une prise de conscience essentielle à avoir de la part de Hollande pour qu'il ne se représente pas dans ce contexte de montée du FN ?

B. H. : François Hollande nous assure de la défaite [de la gauche, ndlr] et nous rapproche de la menace Le Pen. Mais il ne faut pas croire que Juppé nous en préserve. Tous ceux qui – Macron, Juppé, Hollande – proposent d'une manière ou d'une autre de perpétuer le système sont les Clinton de demain. Ils préparent l'arrivée imminente au pouvoir du FN.

Publié le 09 Novembre 2016
Auteur : Propos recueillis par Virginie Roels | Photo : Marion Germa
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