Tribune Publié le 09 Novembre 2016 par Fabrice d'Almeida*

Élection : Ne nous y trumpons pas 09/11/16

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Eisenhower, Reagan, Donald Trump, trois présidents… un même leitmotiv : rendre l’Amérique aux Américains.

Dans un discours, le 23 février 2016, Donald Trump avait déclaré souhaiter « frapper en pleine face » un perturbateur. Et il a continué sa campagne avec comme programme de fermer les frontières et de rejeter les immigrés, qu’il considère comme des parasites. Un parfum de revanche des frustrés de la présidence Obama se répandait.

Entre opposition et dérision

Trump n’est pas le clown que dépeignent à force d’articles ses contempteurs. Sa stratégie renvoie à celle de Ronald Reagan pour écarter ses concurrents. Reagan dénonçait leur communisme dès qu’ils proposaient la moindre mesure sociale. Il les tournait en dérision sur des aspects secondaires de leur programme. Il se moquait des présupposés des économistes, n’hésitant pas à dire : « Je ne suis pas inquiet pour le déficit, il est assez grand pour se débrouiller tout seul. » Reagan inquiétait les Noirs et les Latinos. Il avait voté contre la loi sur les droits civiques en faveur des Noirs, en 1964, et voulait chasser les clandestins du Sud. Pourtant, Reagan a été le vainqueur de la guerre froide. Trump a utilisé les mêmes procédés. Le verbe haut et moqueur, un programme économique ahurissant, l’appel à la force.

L’Amérique de Trump serait donc celle de la puissance. Celle d’Eisenhower, l’ancien chef d’état-major, vainqueur de la Seconde Guerre mondiale et devenu président des États-Unis en pleine guerre froide. Trump le cite pour une mesure : la reconduite aux frontières des immigrés latinos. En 1954, Eisenhower a lancé une vaste action d’expulsion sous le vocable raciste « Operation Wetback » (« opération dos en sueur »), surnom donné aux travailleurs clandestins. Donald Trump prend ce modèle pour décrire son ambition de rendre l’Amérique aux Américains.

Nationalisme viscéral

Eisenhower, comme Reagan, avait surpris tout le monde en s’invitant dans la vie publique côté républicain. Chacun d’eux avait tenu un discours brutal contre les adversaires de leur pays et réveillé un nationalisme viscéral. Trump est bien leur successeur, coloré de xénophobie.

La violence qui a entouré ses campagnes, loin de décourager ses supporters, les a renforcé dans l’idée qu’il est le vrai défenseur de leurs intérêts, à la hauteur des combats qu’il faudra mener contre les djihadistes et, demain, contre la Chine. Qu’il soit milliardaire, qu’il ait touché des subventions auxquelles il prétendait s’opposer et qu’il ait exploité des adolescentes rêvant d’être mannequins, rien n’y fait. Pour les trumpistes, le féminisme, l’antiracisme, l’écologie, le « victimisme », en somme, sont autant de signes de faiblesse. Plutôt que de rêver d’un monde coopératif, ils sont convaincus que seuls les forts réussissent dans la jungle mondiale. Et que cette règle vaut en politique : le plus agressif gagne.

Ce darwinisme primaire leur tient lieu de prophétie. Plus dur sera l’avenir, plus profonde sera leur croyance. Ils suivront Trump jusqu’au sommet. En l’abandonnant, ils penseraient trahir leur pays.

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* Historien et professeur à l’université Panthéon-Assas, à Paris.

Cet article est paru dans Causette #66.

Publié le 09 Novembre 2016
Auteur : Fabrice d'Almeida* | Photo : DR
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