cinema Publié le 26 Octobre 2016 par Propos recueillis par Laure Noualhat

Documentaire : Équateur, un autre monde est possible 26/10/16

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 Il existe un petit pays en Amérique du Sud où une forme d'utopie politique quitte le terrain du fantasme pour s'inscrire dans le réel, année après année. L'Équateur. Cet État de seize millions d'habitants lèche l'océan Pacifique sud et respire entre la Colombie et le Pérou, mais surtout il est présidé par Rafael Correa depuis dix ans. Économiste, francophone, Rafael Correa a mis en place ce qu'il avait promis – rien que ça, c'est une anomalie ! –, à savoir la renégociation de la dette nationale, des investissements dans les politiques publiques, l'ouverture des frontières...

On revient de loin, opération Correa 2, qui sort en salles aujourd'hui, est un documentaire critique et passionnant sur dix années d'anti-austérité en Équateur. Jouissif. Causette a rencontré Nina Faure, coréalisatrice du film avec Pierre Carles.

Causette : Pourquoi ce film ?
Nina Faure : En 2006, Rafael Correa est élu président de l'Équateur. Ni une, ni deux, il vire les créanciers du FMI et leur politique d'austérité, audite la dette publique, sauve 7 milliards d'euros qu'il réinvestit dans la santé, l'éducation, l'économie... Une politique à rebours de ce qui se fait en Europe et qui porte ses fruits. Rafael Correa est économiste, il parle français, mais n'intéresse pas pour autant les médias français. Nous voulions raconter l'histoire de cette omission, de cette omerta même, et comprendre pourquoi nos médias ne s'intéressaient pas à ce qui se passait là-bas. En 2013, le président équatorien est venu donner une conférence à la Sorbonne et il disait que l'Europe était en train de reproduire les erreurs de l'Amérique latine des années 1980 et 1990, véritable laboratoire de politiques ultralibérales. Le nombre de personnes pauvres a explosé à l'époque, passant de 125 à 225 millions d'individus. Malgré des revers – Dilma Rousseff [au Brésil, ndlr] a été destituée et Evo Morales [en Bolivie] a perdu un référendum qu'il lui aurait permis de briguer un quatrième mandat présidentiel –, les inégalités ont fortement réduit à l'échelle du continent, grâce à des politiques massives d'investissement et de redistribution. Le cas équatorien n'intéresse pas les médias et pourtant, il pourrait inspirer la France et l'Europe.

Comment ?
N. F. : Parce que les résultats de sa politique sont là ! En tournant le dos à l'austérité, en renégociant la dette du pays, en ouvrant les frontières, Correa a sorti 2 millions d'Équatoriens de la pauvreté. En France, en trente ans, la dette publique a explosé passant de 25 à 93 % du PIB ! Toutes les politiques mises en place au nom de sa réduction – contrôle de l'inflation, réduction des dépenses publiques, privatisations... – n'ont fait que faire exploser cette dette. Mais cette dette est-elle légitime ? Encore faudrait-il pouvoir l'auditer. Selon le collectif pour un audit citoyen de la dette publique, seuls 59 % de la dette française sont légitimes. On pourrait alors décider, comme en Équateur, de ne pas la rembourser intégralement et de redistribuer l'argent économisé dans de vraies politiques publiques.

Autre sujet qui résonne : l'Europe ferme ses frontières, l'Équateur ouvre les siennes...
N. F. : En France, la campagne présidentielle se focalise sur les migrations, l'identité... Des questions devenues maladives dans le discours politique. L'Équateur est dans un processus inverse d'ouverture des frontières. Il autorise le droit de vote des étrangers au bout de cinq ans. Et cela pose de vraies questions : comment peut-on circuler, comment faire pour être accueilli au mieux ?

Correa a bien raté un truc quand même, non ?!
N. F. : Le film n'est pas univoque, nous avons présenté plusieurs points de vue et le spectateur fait son propre cheminement sur ce qu'est une politique de gauche aujourd'hui. Il y a des ratés, c'est sûr. Par exemple, Correa est personnellement opposé au droit à l'avortement tout comme 75 % des catholiques pratiquants du pays. C'est une vraie douche froide quand on cherche un autre modèle. Mais la question de l'avortement ne doit pas occulter les vraies avancées en matière de droit des femmes, comme le droit à la retraite des femmes au foyer ou la reconnaissance du « féminicide ». De plus, plus de 40 % des parlementaires du pays sont des femmes. Quel pays peut en dire autant en Europe ?

On revient de loin, opération Correa 2, de Nina Faure et Pierre Carles. En salles.

Bande annonce :

On revient de loin - Operation Correa épisode 2 - Bande Annonce - Version Française from C-P Productions on Vimeo.

Publié le 26 Octobre 2016
Auteur : Propos recueillis par Laure Noualhat
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