Politique Publié le 05 Septembre 2016 par Liliane Roudière

On ne laisse pas les gens se noyer !

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Des hommes, des femmes, des enfants, de plus en plus nombreux, tentent de rejoindre l’Europe en traversant la Méditerranée. Beaucoup y laissent leur vie, près de 40 000 en quinze ans. Jean-Paul Mari, grand reporter depuis trente-cinq ans, se pose toujours la même question : pourquoi font-ils ça et pourquoi ne faisons-nous rien ? avec son film Les migrants ne savent pas nager, il veut montrer comment chacun peut agir. Nous lui avons donné la parole.

La mer Méditerranée est un cimetière. Un cimetière de migrants. Selon l’Organisation internationale des migrations (OIM), pour la seule année 2015, plus de 3 770 personnes se sont noyées en tentant de rejoindre les côtes européennes, on en dénombre près de 40 000 depuis 2000. Des chiffres sous-estimés, car il est difficile de retrouver les corps. Et on ne fait rien. Ces hordes de migrants sales et fatigués seraient-elles trop disgracieuses pour nos démocraties ? Pourtant, par tradition et selon le droit international, le capitaine d’un navire a le devoir de prêter assistance à toute personne en situation de détresse en mer. « L’Europe ne fait rien, faisons-le nous-mêmes », dit Klaus Vogel, capitaine allemand et cofondateur de SOS Méditerranée, une association européenne qui sauve les migrants en Méditerranée à bord de son bateau, l’Aquarius.

Oui, nous pouvons faire partie d’une solution. Individuellement et collectivement. C’est le propos du documentaire du journaliste Jean Paul Mari et du réalisateur Franck Dhelens, Les migrants ne savent pas nager, tourné à bord de l’Aquarius, au milieu de l’équipe de SOS Méditerranée et des naufragés. Un outil pédagogique étincelant, limpide et saisissant qui ramène les migrants à leur statut d’être humain. Les montrant singuliers, uniques, à hauteur d’homme. Là où on ne voit plus que des chiffres.

Causette : Vous avez tourné ce documentaire à bord de l’Aquarius lors de la première opération de sauvetage de SOS Méditerranée (voir encadré). Quelle était votre feuille de route ?

Jean-Paul mari : Avec les gens de SOS Méditerranée, on a décidé de faire ce film quatre jours seulement avant le départ du bateau ! Quatre petits jours pour trouver un cameraman, un producteur, un diffuseur, là où il faut, en général, entre six mois et un an ! Il y a eu une chaîne de solidarité formidable et on a pu filmer. On ne savait pas ce qu’on allait trouver, mais, connaissant un peu le sujet *, je voulais montrer cette réalité toute simple : les migrants ne sont pas une classe humanitaire à part. Ce ne sont pas des clochards de la mer. Ce sont des hommes, des femmes, des enfants qui ont décidé de changer leur vie. Au risque de leur vie, justement, de leur santé mentale et de leur intégrité physique. Ce sont des survivants avec la force des survivants. Ils sont sidérants.

... La suite dans Causette #70.

Publié le 05 Septembre 2016
Auteur : Liliane Roudière | Photo : Point du jour production
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