La cabine d'effeuillage Publié le 31 Mai 2016 par Sarah Gandillot

Il met KO le communautarisme Patrice Quarteron

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Invaincu sur un ring depuis sept ans, Patrice quarteron, 37 ans, huit fois champion du monde de kickboxing, quatre fois de boxe thaïe, est aussi une voix dissonante en banlieue. lui qui a grandi à la Grande Borne, à Grigny, dans l’Essonne, entraîne les jeunes bénévolement et lutte à coups de crochets du gauche contre toute forme de communautarisme, lequel, selon lui, ronge les banlieues. Celui qui aime chanter La Marseillaise sur les rings est « Charlie », et compte bien le faire savoir, même si ses prises de position n’ont pas franchement le vent en poupe dans les quartiers.

Lundi soir, 20 heures, Gymnase du Haricot, à Grigny. Un, puis deux, puis une dizaine de jeunes arrivent, gros sac de sport sur l’épaule. Ils se préparent pour deux heures d’entraînement avec le champion local, Patrice Quarteron, qui, justement, fait son entrée. Le colosse, tout en muscles, passe difficilement les portes. Avec eux, il est ferme. Ici, on se serre la main, on arrive à l’heure et on ne moufte pas. Ici, il y a des valeurs, du respect et de la rigueur. Un petit nouveau a pointé le bout de son nez ce jour-là. On approche pourtant de la fin de l’année. Quarteron le prend entre quatre yeux. « T’es là pour quoi ? T’as déjà boxé ? Je te préviens, ici, on n’est pas en mode fan-club, hein. Mes vidéos sur YouTube, c’est de la rigolade, mais ici, c’est pas l’esprit », lui assène le boxeur, qui est une star des réseaux sociaux. Le petit regarde ses pieds. Mais ne se démonte pas. Il boxera ce soir.

« En début d’année, ils sont une quarantaine, mais arrivé le mois de mai, il n’en reste que dix, explique Patrice. Ils ne sont pas nombreux à tenir le coup. C’est dur comme discipline, la boxe. » En effet, vingt minutes d’abdos et de pompes pour commencer, ça calme. Un jeune homme arrive en courant et glisse un mot à l’oreille de Quarteron, qui acquiesce. « Tu vois, lui, avant, c’était un enfant sauvage. Maintenant, il vient même me prévenir qu’il ne peut pas venir s’entraîner ce soir parce qu’il travaille, se félicite-t-il. Ici, on est en mode Benetton. Blacks, Blancs, beurs, Chinois, tout le monde se mélange et s’entraîne ensemble. Il n’y a pas de black power, pas de religion qui tienne, pas de clans. »

Et cela vaut aussi pour les sexes. Une seule fille, Océane, au milieu de tous ces garçons, participe au cours. « Au début de l’année, j’en voyais qui ne voulaient pas boxer avec elle. J’ai entendu des phrases du genre : “Oui, mais par rapport à mes convictions, bla-bla- bla...” J’ai pété un plomb. J’ai dit : “Si j’en vois un seul qui la met de côté, je lui mets la misère.” Depuis, ils ne bronchent plus, je te le dis ! » rigole-t-il. Bienvenue dans l’esprit Quarteron. L’esprit « open bar », comme il dit. Patrice, c’est un mélange de parler ultra cash et d’humour ravageur. Il part souvent dans de grands éclats de rire en remuant ses larges épaules. Quarteron, c’est un agneau dans un corps de brute. Une midinette aussi, parfois. À la pause, alors que les jeunes soufflent un peu, il met Mamy Blue, de Nicoletta, sur son téléphone, et chante à tue-tête en fermant les yeux. « En fait, j’aurais voulu être un crooner, tu vois. » Les gosses se marrent en douce. « Ils connaissent ma folie, maintenant ! »

... La suite dans Causette #68.

Publié le 31 Mai 2016
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Hugo Aymar/Haytham pictures pour Causette
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