La copine de Causette Publié le 31 Mai 2016 par Éric Hauswald

Le sourire de la révolte Calypso Rose

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On a tout de suite craqué sur sa musique : le nouvel opus de Calypso Rose sera la BO de cet été, on en est sûr ! Et puis on a découvert la femme. Une jeune chanteuse de 76 ans, originaire de Tobago et reine du calypso, au parcours chaotique et fougueux qu’on verrait bien sur grand écran. Son 20e album, Far from Home, en donne le ton : exotique et léger de prime abord, mais avec une profondeur subtile.

C’est une reine facétieuse. Ses yeux en amande, plissés, presque fermés, lui donnent l’air de sourire en permanence. En fait, elle sourit vraiment presque toujours. Le monde l’amuse, Calypso Rose, et malgré tout ce qu’elle a traversé, elle est restée bienveillante. La tête bien droite, cheveux rasés, longues boucles d’oreilles, elle parle avec vigueur dans un anglais au bel accent chantant. Assise, elle en impose. Debout sur scène, elle estomaque. Malgré son âge, elle twerke et elle danse, elle déborde d’énergie et de joie. Souvent, les journalistes lui posent la question : mais d’où vient-elle, cette énergie ? Elle répond : le poisson. Dans son île, elle a été nourrie de poisson, uniquement, toute son enfance. Elle a conservé ce régime auquel elle ajoute des recettes de longévité, qu’elle détaille avec soin. À base d’algues, de gingembre et d’ail. Ses gestes amples soulignent ses tirades inspirées, elle aime raconter. Et sur la musique, bien sûr, elle est intarissable.

Causette : Quelle est votre définition du calypso ?

Calypso Rose : C’est une musique très rythmée au tempo rapide, originaire d’Afrique de l’Ouest. Lorsque j’entends la batterie et la basse, ça me rend dingue. Parfois, quand je monte sur scène, je ne sais plus où je suis jusqu’à ce que j’en redescende, comme si des esprits anciens prenaient possession de mon corps et me guidaient, c’est très étrange. Mon arrière-grand-mère Martha Paul était une Igbo de Guinée, elle était esclave. Le nom de famille de son maître était Paul, et c’est lui qui l’a appelée Martha [les maîtres qui affranchissaient leurs esclaves leur donnaient un nom de famille qu’ils pouvaient transmettre à leurs enfants, ndlr]. Du côté de mon père, mon nom de famille est Sandy. Les Sandy venaient d’Afrique du Sud, où mon arrière- grand-père a été kidnappé et vendu par les Anglais, envoyé en Écosse, puis mis dans un bateau pour Tobago. C’est grâce à lui que nous avons obtenu notre véritable émancipation le 1er août 1838, il a mis le feu à la maison du gouverneur pour libérer les esclaves à Tobago *. Aujourd’hui, à Scarborough [chef-lieu de Tobago], il y a un bâtiment nommé Sandy Hall construit par le gouvernement de Trinité-et-Tobago en son honneur. Je suis donc africaine du côté de ma mère et de mon père. C’est pour ça que le deuxième titre de mon dernier album se nomme I’m African. Je suis africaine et mon sang est chaud, je suis africaine et j’aime danser, je suis née avec le rythme [dit-elle en chantant les paroles de cette chanson].

... La suite dans Causette #68.

Publié le 31 Mai 2016
Auteur : Éric Hauswald | Photo : Pascal Perich pour Causette
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