cinema Publié le 21 Mai 2016 par Ariane Allard

Cannes : un festival… de femmes debout 21/05/16

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Joli pied de nez. Bien que seules 3 réalisatrices (sur 20 cinéastes) concourraient pour la Palme d’or cette année ; les femmes n’ont jamais autant fait parler d’elles sur la Croisette. Et pas seulement (hourra !) à cause de leurs robes. Scénaristes, cinéastes ou productrices : voilà celles qui ont électrisé le Festival de Cannes tout au long de ces 10 derniers jours. Donnant à voir, toutes sections confondues, des films brillants, jalonnés de personnages féminins rebelles, opiniâtres ou lucides. Voire… drôles, carrément. Des femmes debout, quoi qu’il en soit. Alors que cette 69e édition s’apprête à livrer son palmarès, ce dimanche 22 mai, Causette vous propose donc ses « palmes » exclusivement féminines. Pour changer.

Palme d’or de la critique

Va-t-elle rompre enfin l’étrange sortilège qui s’acharne sur Jane Campion, première et unique réalisatrice à avoir remporté la Palme d’or, en 1993, pour La Leçon de piano ? C’est bien parti pour la brillante Maren Ade, qui a fait sensation avec son troisième long métrage, Toni Erdmann. Une fable de 3 heures qui décrit une relation électrique entre un père baba-cool et bouffon et une fille cadre sup’ et conservatrice. Culotté et moderne, ce film allemand a fait hurler de rire les festivaliers. Du coup, il figure en tête de liste des pronostics de la critique, française et internationale, pour l’obtention de la Palme d’or 2016 (sortie en salle le 17 août). Wunderbar !

Palme d’or du public

Le Festival de Cannes ne se limite pas à ses deux sélections officielles (les 20 films concourant pour la Palme d’or et les 17 films projetés dans le cadre d’Un Certain regard, section censée dénicher les grands cinéastes de demain). En marge du Palais des festivals, la Quinzaine des réalisateurs et la Semaine de la critique, ouvertes aux professionnels mais encore aux « simples spectateurs », drainent également un public considérable. Aux emballements nettement plus spontanés ! Ma vie de courgette, merveilleux film d’animation sur l’enfance maltraitée programmé à la Quinzaine (en salle le 19 octobre), a ainsi reçu un accueil bouleversant, qui a stupéfait son réalisateur, Claude Barras, et peut-être plus encore sa subtile scénariste, Céline Sciamma (réalisatrice, par ailleurs, de Bande de filles). « C’est énorme ! », l’entendait-on murmurer, sur scène, face à une ovation debout exceptionnelle (elle a duré plus de 20 minutes).

Palme d’or de la réplique

25 ans après le cultissime Thelma et Louise, premier road-movie au féminin du cinéma signé Ridley Scott, Susan Sarandon et Geena Davis ont été récompensées, à Cannes, du prix « Women in motion ». Initié par le groupe Kering (partenaire du Festival), ce prix soutient les femmes de l’industrie du cinéma qui se battent pour promouvoir la diversité et faire changer les mentalités (tâche rude s’il en est face aux studios américains). Féministe et cash, l’inaltérable Susan ne s’est pas laissé démonter par le faste alentour, au moment de prendre la parole. « Je pense qu’il a sexuellement agressé une enfant et je ne pense pas que ce soit normal », a-t-elle dit, « by the way », à propos de son compatriote Woody Allen (dont le film, Café Society, a fait l’ouverture du Festival). Ça a le mérite d’être clair.

Palme d’or de la fille chic

Côté vitrine, Cannes oscille depuis toujours entre glamour et stéréotypes. Pour preuve, sa fameuse montée des marches, scintillant chaque soir de robes savamment échancrées « investies » par une poignée de jolies filles tellement souriantes parce que tellement cool. Reste que côté écran, les personnages de femmes ont été autrement plus chics, entendez puissantes, complexes, lucides, transgressives… donc résolument contemporaines cette année. Permettant à nombre d’actrices de resplendir… pour de bon. Si l’on retient la performance troublante de Bérénice Béjo dans L’Economie du couple (film âpre de Joachim Lafosse, sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs) ; si l’on est épaté par Virginie Efira dans le vibrionnant Victoria, de Justine Triet (qui a ouvert La Semaine de la critique) ; si l’on est scotché par la subtilité de Sandra Hüller, prodigieuse actrice de Toni Erdmann ; ou si l’on est happé par la complexité ambigüe de Elle (film également en lice pour la Palme d’or) et de son interprète, l’incontournable Isabelle Huppert… on ne peut que saluer – et bien bas - la grâce résolue de Sonia Braga. Actrice principale d’Aquarius - magnifique portrait d’une femme mûre, elle-même étant la métaphore d’une société brésilienne malade -, cette ex-star du « soap latino » judicieusement reconvertie dans le cinéma d’auteur est l’une des candidates les plus sérieuses pour le prix d’interprétation féminine 2016. De fait, elle comme son personnage combinent ce qu’il y a de meilleur en nous : l’esprit de résistance et le goût de la beauté. Une femme debout, en somme. Obrigada senhora !

Publié le 21 Mai 2016
Auteur : Ariane Allard
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