Politique Publié le 11 Mai 2016 par Juliette Plagnet

Loi travail : Isabelle Attard dénonce les menaces du PS sur les députés 11/05/2016

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Aujourd’hui, à 16 h 30, le président de l’Assemblée nationale a rejeté une motion de censure contre le gouvernement de François Hollande, signée par 56 élus de groupes parlementaires de gauche – il en aurait fallu 58 pour que la motion puisse être votée demain en même temps que celle déposée par la droite. Isabelle Attard, élue sans étiquette rattachée au groupe EELV, fait partie des députés qui se sont démenés pour cette motion de censure « de gauche » après que Manuel Valls a annoncé hier le recours au 49.3 pour faire passer en force la loi travail. Indignée, elle confie à Causette son ressenti.

Causette : Peut-on retracer ensemble ce qui s’est passé ces derniers jours sur la loi travail ?

Isabelle Attard : Les deux premiers jours de débat, mardi 3 et mercredi 4 mai, on a tout de suite compris que le gouvernement n’était pas pressé de commencer la discussion des articles. En deux jours, on ne les a pas abordés. Puis, le mercredi 4, ils ont supprimé la séance du soir, on a fini à 19 heures. Déjà là, ce sont bien des décisions gouvernementales qui font sens. Lundi après-midi, avant-hier, ça reprend à 16 heures. J’arrive à 17 heures à l’Assemblée et j’apprends que les votes sont « réservés », c’est-à-dire qu’on ne vote sur aucun amendement. On a discuté, on a meublé la séance de 16 heures à minuit. Je me suis énervée à la tribune, disant au Premier ministre qu’il ne faudrait pas prendre les Français pour des abrutis, qu’ils ont très bien compris la volonté de pourrir les débats. Parce qu’il s’est aperçu qu’il n’avait pas la majorité, le gouvernement a décidé de faire des votes réservés, d’allonger encore et encore les débats pour surtout qu’on ne commence pas vraiment… En termes de pratiques démocratiques, c’est inadmissible. Et quand, après ça, vous avez le 49.3 qui est annoncé dans la foulée ! Je pense que là on a touché le fond. En fait, tous les trois mois, je me dis qu’on a touché le fond. Là, on a touché le troisième sous-sol. Peut-être que le gouvernement est en train de creuser un profond sous-terrain pour rejoindre la droite discrètement, ni vu ni connu…

Après que Manuel Valls a annoncé le recours à l’article 49.3 pour éviter le vote de la loi travail à l’Assemblée, des élus UDI et LR ont décidé de déposer une motion de censure de leur côté. Comment cela s’est passé à gauche ?

I. A. : On s’est retrouvé à une quarantaine, on voulait faire le maximum pour poser une motion de censure. Quand je dis « nous », c’est un regroupement d’une partie des frondeurs, une partie des écologistes, une majorité du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR) et des non-inscrits. C’était une première pour la Ve République qu’il y ait deux motions de censure, parce que « normalement » il y a une majorité et une opposition. Quand on est en période « normale », quand il n’y a pas une telle trahison de la part du gouvernement.

Vous avez déjà essayé de réunir des élus pour poser une motion de censure contre le gouvernement quand François Hollande a utilisé l’article 49.3 pour faire passer la loi Macron, vous avez rencontré plus d’engouement cette fois ?

I. A. : La dernière fois, j’avais eu cinq signatures ! Hier, j’ai eu vraiment la sensation de vivre un moment historique. On était quatre groupes différents, il y avait des mots très forts, face à des menaces très fortes aussi, et une volonté réelle pour une fois de faire cette motion de censure de gauche et d’aller trouver les signatures pour qu’on arrive à 58. Dans cette salle, il y avait des frondeurs que je voyais peu d’habitude, qui se font discrets. Et là, qui venaient. On est là dans un rapport de force finalement inédit dans cette République. Ça montre aussi le crescendo dans l’abomination entre l’état d’urgence, le projet de loi de la Constitution, qui venait après la loi Macron…

Finalement, la motion de la gauche n’est pas passée, manque de votes…

I. A. : J’essaye de relativiser en me disant que c’est déjà une petite victoire d’avoir réussi à avoir 56 noms. On a fait peur à Cambadélis. Je le voyais en train de compter et recompter devant l’hémicycle, ils ont dû stresser quand même un peu. Et les pressions ont dû être d’autant plus fortes sur les députés.

Les pressions ?

I. A. : Le gouvernement a menacé tous les députés PS qui voteraient la motion de censure d’être exclus du parti. La première des menaces proférées contre les socialistes tentés par le vote de la motion, c’était sur les investitures : « On te mettra quelqu’un face à toi, tu ne pourras pas à nouveau gagner. » Il faut faire savoir qu’il y a ce genre de menaces, « on brisera ta carrière politique ». D’où l’intérêt de ne pas avoir de carrière politique : il n’y a plus de prise sur les députés à partir du moment où on est sur un non-cumul des mandats dans le temps. Si on fait un seul mandat, voire deux, on se fout de la menace de la prochaine élection. Dans ce cas-là, aucun appareil politique ne pourra faire pression en disant « attention tu ne pourras pas être réinvesti ».

Demain, tous les députés pourront voter pour la motion de censure déposée par les élus de droite. Vous pensez qu’elle a des chances de passer ? Et de dissoudre le gouvernement ?

I. A. : Je ne sais pas. Est-ce que la droite va vraiment voter cette motion de censure ? D’un point de vue idéologique, cette loi leur va. Ils ont posé une motion de censure parce que c’est le 49,3, etc., mais ils sont d’accord avec les principes. Donc seront-ils mobilisés ?

Et les députés qui étaient prêts à poser une motion de censure de « gauche » ? Vous pensez qu’ils voteront pour la motion de la droite ?

I. A. : Je sais que je voterai pour… Beaucoup se contentent du fait qu’ils ont essayé et que ça a raté. Ils se disent : « Vous voyez, on est des gens de gauche, on a fait ce qu’on a pu. » Moi, je ne suis pas dans cette optique-là. Pour moi, ce gouvernement fait des lois pires que ce qu’un gouvernement de droite aurait fait, je veux m’en débarrasser. C’est clair. Ça ne me fait pas peur de voter cette motion.

Vous pensez avoir des chances de les convaincre ?

I. A. : Demain ne restent à l’Assemblée que ceux qui votent pour la motion de censure, donc ceux qui hésitent ou qui ne veulent pas voter seront déjà partis. Ils sont partis ce soir. Demain ne resteront que les convaincus. Sauf s’il y a une pression des internautes, des citoyens, par mails, etc., qui assaillent leur député en leur disant : « Allez voter la motion de droite. » Il ne reste plus que ça.

Publié le 11 Mai 2016
Auteur : Juliette Plagnet | Photo : Capture d'écran Assemblée nationale le 11/05/2016
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