Grand Reportage Publié le 14 Décembre 2009 par Constance de Bonnaventure

Paris - Kaboul Au même moment, deux bouts de famille

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Square Villemin, Paris

 

Dans ce quartier branché à deux pas du canal Saint-Martin, des centaines de jeunes réfugiés afghans traînent sans trop savoir où aller. Entre les jeunes mamans qui promènent leurs bébés en poussette et les vieillards en train de refaire le monde sur un banc, les Afghans sont là, sur la pelouse. Ils viennent des quatre coins de l'Afghanistan, d'ethnies et de strates sociales différentes, ils sont tous jeunes, entre 8 et 25ans et rêvent d'un avenir meilleur. Quand ils sont nés, leur pays était en guerre. En 2001, à la chute du régime taliban, un frémissement d'espoir a effleuré la population afghane, mais il a disparu assez vite pour laisser place à la désillusion. Et depuis, rien ne va. Qu'ils soient diplômés ou non, les jeunes ne trouvent pas de travail. La sécurité se dégrade de jour en jour. La guerre en Afghanistan mobilise 100000 soldats de l'Otan qui se battent quotidiennement contre les insurgés talibans, des combats qui ont fait 1016victimes civiles entre janvier et juin 2009. Alors ces jeunes garçons (il n'y a aucune femme) ont décidé de quitter l'Afghanistan. Avec ou sans l'assentiment de leurs parents. Et leurs motivations sont aussi variées que tragiques.

Ahrad, 18 ans peut-être,

réfugié sûrementFahrad, à l'air poupin, à peu près 18ans. Peut-être moins. Les Afghans connaissent rarement leur date de naissance. Habillé d'un jean et d'un sweat bleu, il sourit sans cesse, comme si rien ne pouvait le toucher. Fahrad a quitté Kaboul il y a deuxans. Son père l'a d'abord accompagné au Pakistan pour qu'il rencontre le passeur qui se chargerait du voyage. Ensuite, ce sont l'Iran, la Turquie, l'Italie et la Grèce qu'il traverse à pieds ou parfois sous un camion. Après un an bloqué en Grèce, il réussit enfin à rejoindre Paris. Son voyage a duré dix-huit mois. De cette période, il parle difficilement. « C'était long, c'était dur, c'était violent », dit-il seulement. En Grèce, les clandestins afghans racontent tous que les policiers sont brutaux. « À Paris, les policiers, ils sont tellement gentils ! Jamais ils ne nous frappent », assure-t-il. Pour réaliser ce long périple, il a fallu réunir des fonds: les passeurs, les rares moyens de locomotion, la nourriture, les faux papiers, tout cela a un prix. En moyenne, les Afghans paient autour de 10000 euros. Une somme réunie par toute la famille.

 

...la suite dans Causette#4...

 

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Publié le 14 Décembre 2009
Auteur : Constance de Bonnaventure | Photo : Sandra Calligaro
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