Enfance Publié le 04 Mai 2016 par Sylvie Fagnart

Un bain de livres pour les bébés 10/05/16

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Il n'est jamais trop tôt pour ouvrir un album devant un enfant. Pas pour en faire un futur élève modèle, mais pour l'accompagner sur les chemins de l'existence. Et, surtout, sans que cela devienne un passage obligé ou une corvée pour les parents. Conseils de pros.

Lire des livres aux jeunes enfants les conduit sur le chemin de la lecture. Lorsque le petit est bercé par l'histoire, la zone de son cerveau qui traite les stimuli visuels et auditifs entre en action. Exactement la même qui s'activera plus tard, lorsqu'il lira seul *. Mais ce n'est pas tout. La lecture est nécessaire à une harmonieuse construction mentale du bébé.

Oui, du bébé, déjà. Par exemple, lors du délicat passage vers l'« intersubjectivité ». Ce moment, matérialisé par l'angoisse de séparation, où le tout-petit s'aperçoit qu'il ne fait pas qu'un avec sa maman. Le chef de service de psychiatrie infantile à l'hôpital Necker, à Paris, Bernard Gosle, résume ainsi ce qu'apportent alors les livres : « Il ne s'agit pas seulement de découvrir que l'autre est un autre, mais que l'autre est un sujet, qui a des émotions, des plaisirs, des affects. » La lecture aide à saisir cette réalité.

 

Un aprentissage de la frustration

Elle est aussi l'occasion d'apprendre à réguler plaisir et déplaisir. Faire l'apprentissage de la frustration, en somme. « Le rythme propre au récit initie à la patience et à l'attente », souligne le psychiatre. Enfin, le bébé, en écoutant ces récits, « forge son identité narrative, sa capacité à raconter et à se raconter à soi-même sa propre histoire ».

Nous voilà donc sommés, pour concourir au trophée du parent parfait, de lire à nos rejetons. C'est un devoir ! Les promoteurs de la lecture aux bébés redoutent pourtant ce sentiment d'obligation : « [La] prescription de la lecture, c'est un danger », avertit Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre. D'autant plus qu'en France la lecture est vue « comme une discipline scolaire », déplore Dominique Rateau, présidente du réseau Quand les livres relient, qui regroupe différentes associations.

 

Raconter en prenant du plaisir

Les bénéfices ne se font sentir que « si la transmission est gratuite, si elle n'est jamais assujettie à des fins pédagogiques ou thérapeutiques », insiste Marie-Claire Bruley, psychologue et psychanalyste. Comment ? En lisant, simplement. Sans poser de questions à l'enfant, sans reformuler les phrases perçues comme trop compliquées. Et puis, en prenant du plaisir, « en insufflant de la légèreté dans ces moments de rencontre avec son tout-petit », insiste Dominique Rateau.

Prêchi-prêcha culpabilisateur pensent les parents qui ont pris en grippe tous les héros neuneus des bouquins pour enfants. Car qui peut proclamer sans hypocrisie que raconter cent fois Tchoupi se baigne provoque le moindre ravissement chez l'adulte ?

 

Des albums qui appellent les émotions

Les croisés de la littérature jeunesse ont la réponse. Elle tient en un mot : littérature, justement. René Diatkine, psychiatre et psychanalyste, fondateur de l'association Acces (Actions culturelles contre les exclusions et les ségrégations), en a fait le cœur de ses travaux. Il existe deux langues, soutient-il. La factuelle, qui accompagne les faits et gestes du quotidien. Et puis la langue du récit, une langue gratuite, riche et esthétique. C'est celle qu'on trouve dans les bons livres. Et pour les reconnaître, voici le secret : il faut choisir les albums qui font naître en vous des émotions. C'est tout simplement la garantie de faire le bonheur de l'enfant.

* D'après une récente étude, menée sur une vingtaine d'enfants de 3 à 5 ans, que rapporte la revue américaine Pediatrics d'août 2015.

 

Tous les propos reproduits ont été recueillis au cours du colloque « Lire avec bébé, une histoire sans fin », organisé par l'agence Quand les livres relient.

 

Retrouvez, chaque mois, les conseils de lecture jeunesse de Causette dans la rubrique « Pour les Pitchous ».

Publié le 04 Mai 2016
Auteur : Sylvie Fagnart | Photo : DR | Légende : Chloé Séguret, lectrice formatrice à L.I.R.E à Paris, au au Salon du livre jeunesse de Montreuil en novembre 2014
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