Causette suit l'info Publié le 03 Mai 2016 par Anna Cuxac

Migrants : 917 vies déjà sauvées grâce à des dons de particuliers 03/05/16

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Nous pouvons sauver ces vies humaines en perdition sur les canots surchargés qui dérivent en Méditerranée vers le rêve européen. Ce pouvoir repose entre les mains de l'association SOS Méditerranée, qui a déjà sauvé 917 personnes grâce à ses interventions en mer à bord de l'Aquarius. Bilan d'étape à l'occasion de la conférence de presse donnée le 3 mai au Mucem, à Marseille.

Bien sûr, on ne les sauvera pas tous. Bien sûr, « on ne leur offre pas un avenir radieux en Europe », reconnaît Sophie Beau, cofondatrice de l'association SOS Méditerranée, lors de la conférence de presse qui s'est tenue ce jour à Marseille. Mais l'intervention menée depuis février à bord de l'Aquarius dans les eaux internationales au large de la Libye a permis de sauver 917 vies humaines.

SOS Méditerranée est née en 2015 de l'initiative du capitaine de marine marchande allemand Klaus Vogel et de Sophie Beau. Ils ont été rejoints par une trentaine de citoyens européens et des milliers de donateurs. L'objectif ? Sauver du gouffre de la Méditerranée les migrants quittant les côtes libyennes.

Après des mois de préparation logistique et technique, et une campagne de financement participatif qui a permis de récolter 1,2 million d'euros, l'équipe de vingt-sept personnes a mené six opérations de sauvetage entre le 26 février et le 28 avril.

 

Le purgatoire après l'enfer

Dans cette zone maritime devenue voie migratoire « la plus dangereuse du monde », selon Sophie Beau, SOS Méditerranée collabore avec le Maritime Rescue Coordination Center (MRCC), instance européenne basée à Rome qui donne l'alerte à l'Aquarius quand un radeau à la dérive est repéré. Puis le MRCC indique à l'équipage un port en Italie où les migrants pourront débarquer avant d'être placés dans des camps de demandeurs d'asile. Le purgatoire après l'enfer. « Les passeurs basés en Libye font croire à leurs clients qu'ils seront à Lampedusa [île italienne proche de la Sicile, ndlr] en deux heures et les font monter sur des embarcations vaguement rafistolées avec des planches, sans l'essence nécessaire pour une si longue traversée. Ils ne s'embarrassent pas de permettre aux migrants d'arriver sains et saufs », explique l'association.

Les 917 personnes sauvées viennent de l'Afrique subsaharienne, mais SOS Méditerranée craint que l'accord conclu sur les migrants entre la Turquie et l'Union européenne, le 18 mars, entraîne un report des flux de Syriens ou d'Afghans vers la Libye. « Tous les gens que nous avons sauvés nous ont dit que passer par ce pays était la pire décision de leur vie », se désole Jean, jeune marin de l'équipage. « La Libye est devenue le terrain d'une véritable traite négrière, abonde Sophie Beau. De nombreuses personnes en uniformes de toutes sortes essaient de faire fructifier le butin humain que représentent pour elles ces migrants. »

Quand ils sont récupérés en mer, les migrants sont déshydratés, décharnés et parfois même blessés par balle. Parmi eux, 22 % d'enfants. Et il y a ceux qu'on ne ramènera pas sur terre vivants. Lors du cinquième sauvetage qui a permis de secourir cent huit personnes, « six corps [reposaient] déjà au fond du bateau et deux personnes [périssaient] emportées par les courants après s'être jetées à l'eau », précise les porte-paroles de SOS Méditerranée.

 

Nouvel appel aux dons

Le traumatisme pour l'équipage n'empêche pas celui-ci de mener à bien la mission qu'il s'est imposée. Dès aujourd'hui, une nouvelle équipe doit reprendre la mer depuis Trapani, en Sicile, pour sauver de nouvelles vies. Elle complétera ainsi le dispositif de Médecins sans frontières (deux bateaux en mission ponctuelle) et celui de la MRCC, dont c'est loin d'être la mission première.

Pour tenir jusqu'en décembre, SOS Méditerranée, qui est financée à 98 % par des dons privés, a besoin de 1,2 million d'euros supplémentaire. Des dons de vous, de moi, de citoyens indignés. De ceux qui, pris de torpeur face au gimmick télévisuel des noyades de ces gens de rien, trouvent en SOS Méditerranée un soubresaut de l'« humanisme européen ». Au milieu de l'incurie de nos États.

Publié le 03 Mai 2016
Auteur : Anna Cuxac | Photo : Patrick Bar / SOS MEDITERRANEE
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