La cabine d'effeuillage Publié le 26 Avril 2016 par Laurence Garcia

Porte-parole du bonheur Christophe André

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Allô, Sainte-Anne ? C’est pour une urgence : besoin de voir le monde dans ce qu’il a aussi de beau. je voudrais un rendez-vous avec le Dr André... Causette n’a pas trouvé meilleur remède à la déprime et à l’angoisse ambiantes que cet humaniste, psy précurseur de la méditation thérapeutique. Et vous livre son ordonnance, qui tient en quelques mots : bouger, échanger et vivre des expériences collectives.

« Vous avez rendez-vous avec Christophe André ? Quelle chance ! C’est le psy dont je rêvais, mais on m’a dit qu’il n’avait plus de place pour de nouvelles patientes. » Euuuh... désolée pour vous, madame, mais je ne viens pas consulter. En ces temps anxiogènes marqués par la peur du terrorisme, jamais le psychiatre n’aura été aussi sollicité par les médias. Dans le rôle de l’expert de la bienveillance ou de la sagesse, il nous change des méchants cyniques de la télé. Ce n’est pas un jeu de rôle pour Christophe André, dont les livres * de psy humaniste ou de philosophe des petites lumières intérieures sont des best-sellers en librairie.

La folie des grandeurs, à d’autres. Les sirènes de la notoriété ne lui font pas oublier ses malades, ces oubliés du bonheur. Humble, à l’image de son petit bureau à l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne, à Paris, où il exerce depuis vingt-cinq ans, toujours à l’heure. Deux sièges, rien au mur, décor monacal pour ne pas divertir la parole ou les séances de méditation dont il fut le premier médecin à se servir en psychothérapie. Longue silhouette de moine-soldat végétarien avec cette voix si apaisante qui pèse chaque mot. Ces mots dont il connaît les failles et les sens cachés. Ce vrai gentil confie ses parts d’ombre sur le divan de Causette. Une rencontre avec Christophe André, c’est mieux qu’un antidépresseur, on a l’impression que le monde est moins salaud.

Causette : Vous qui êtes attentif aux mots des autres, que dites-vous à vos proches, le matin avant de partir au boulot ?

Christophe André : Avant les attentats de Paris, je disais tout simplement : « Bonne journée. » Mais depuis, j’ajoute : « Et n’oublie pas que je t’aime. » Chacun a pris conscience que toutes les petites vies que l’on aime sont si fragiles. Comme dans toutes les familles, surtout avec trois jeunes adultes ados à la maison, il arrive que l’on se dispute, que ça pète, mais avec mon épouse, on essaie de ne pas se faire la tête trop longtemps. Je déteste partir fâché le matin. Je me dis souvent que l’une de mes filles peut se faire écraser par un bus, ce serait affreux de se séparer à jamais sans un petit mot d’amour.

... La suite dans Causette #67.

Publié le 26 Avril 2016
Auteur : Laurence Garcia | Photo : Ed Alcock / MYOP pour Causette
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