La copine de Causette Publié le 13 Juillet 2010 par Johanna Luyssen

Madame Détective Martine Baret

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On a beau être en juin, il pleut. Une pluie agaçante de polar new-yorkais, qui mue en crachin désespérant de matin gris. Un temps idéal pour rencontrer une détective privée, se dit-on à la sortie du métro. Et hop, une idée reçue sur le métier. Il y en aura d'autres... Martine Baret, 62ans, gérante du cabinet Duluc, en face du Louvre, est bien « détective privé », mais c'est une femme. Du coup, impossible de la comparer à Sherlock Holmes, Hercule Poirot, Sam Spade ou Nestor Burma (même si elle garde une figurine du héros de Léo Malet sur son bureau). Et puis, elle ne porte pas d'imper ni de chapeau mou, et ne se promène pas dans la rue le nez au vent avec une loupe. Elle en a bien une, mais elle ne la sortira pas pour la photo, « ça fait tellement con ».

Martine Baret dirige le cabinet de détectives privés le plus célèbre de Paris, Duluc. Une légende. Sa façade à elle seule vous emporte dans un roman de Gaston Leroux. Chaque Parisien a déjà fantasmé sur son lieu de travail en passant sous l'enseigne noire aux néons vert absinthe à l'allure très rétro, pour faire ensuite une halte, devant la plaque du 18 rue du Louvre : « Duluc Détectives : détectives privés, surveillances et filatures ». Ça fait rêver... D'ailleurs, dès qu'elle s'accoude à la fenêtre de son bureau pour fumer une Philip Morris, ça ne rate pas : un touriste la mitraille. Les cinéphiles, eux, se souviennent avec tendresse de Baisers volés, de Truffaut. Antoine Doinel y incarne le détective privé le plus maladroit de la ville, tombant amoureux de ses cibles et ratant ses filatures en se cachant derrière un arbre (chose à ne pas faire apparemment). Martine Baret rit au souvenir de Baisers volés. Elle a adoré. « Le coup de l'arbre, moi aussi, je l'ai fait la première fois... » Le film est sorti en 1968. Elle était détective depuis deux ans, et déjà chez Duluc.


Son père, détective aussi, avait racheté le cabinet en 1945 à mademoiselle Duluc, fille de Jean Duluc, inspecteur de la police judiciaire reconverti dans le constat d'adultère à la Belle Époque (et accessoirement détenteur des plus belles bacchantes de toute la place de Paris). Dans les années 60, Martine traîne ses guêtres chez Duluc quasiment tous les jours, mais n'apprend pas grand-chose sur l'étonnant métier de son père. Monsieur Baret père est plutôt taiseux et le secret professionnel est une règle tacite dans la profession. À 18 ans, elle sait enfin ce qu'elle veut faire : hôtesse de l'air. Seulement, à l'époque, la majorité étant fixée à 21 ans, impossible de travailler tout de suite. Pas question non plus de flemmarder pendant trois ans. Monsieur Baret propose donc à Martine de donner un coup de main au cabinet. Ce qu'elle s'empresse d'accepter.

 

...à lire dans Causette #9...

 

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Publié le 13 Juillet 2010
Auteur : Johanna Luyssen | Photo : Christophe Meireis
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