La cabine d'effeuillage Publié le 25 Mars 2016 par Liliane Roudière

Phénix, attention fragile ! Renaud

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« J’ai l’impression que le destin a fait “plouf, plouf, ce sera toi qui seras célèbre, toi qui auras du succès et de l’argent”. Ça me fait culpabiliser en permanence. J’ai l’impression d’avoir fait si peu de choses. » Ce peu de choses, c’est plus de vingt millions d’albums vendus en quarante ans de carrière. Des générations successives se sont aimées ou ont manifesté sur ses chansons. Aussi résistantes que lui. On l’a cru fini, enseveli dans l’alcool depuis dix ans, et le revoilà ! Il pérore : « Toujours debout ! » Pour preuve, Renaud nous a invitées à le suivre de Paris à L ’ Isle-sur-la-Sorgue.

« Tu sais faire ça, toi ? Comment je fais pour transférer ce lien ? » Renaud me tend son téléphone. On est dans l’espace fumeurs de la brasserie La Closerie des lilas, à Paris. Il est assez tôt, mais la verrière laisse le soleil envahir l’espace. Renaud ferme les yeux et renverse son visage vers les premiers rayons. Les smartphones, il ne maîtrise pas tout à fait. Ou il ne se souvient plus. Ou c’est le débit de la vie qui arrive trop fort. Il s’emmêle les pinceaux entre les sonneries incessantes (et volume à fond !), les clics des textos et les e-mails qu’il essaie de lire sur l’écran... Se souvenir que l’homme a rouvert les yeux doucement après dix ans de déprime, d’alcoolisme et de retrait de toute activité artistique. Il est de retour, « toujours vivant ». Prêt à foncer. Un nouvel album dans sa sacoche, une tournée internationale à partir d’octobre. Ce n’est plus le poulbot parigot des débuts, pas même le loubard ou la teigne, ce n’est plus Renard, même pas Renaud. Son message sur répondeur – qu’il a quand même réussi à enregistrer – l’affirme, aujourd’hui, c’est Phénix. Passé à deux doigts de la mort, il renaît de ses cendres. Alors oui, le terme Phénix est approprié. Mais, si je peux me permettre, un Phénix qui serait bâti comme un moineau. La silhouette est amaigrie, les mains tremblent encore un peu, le visage est marqué, inquiet, fébrile. Ses yeux ont conservé intact leur bleu magnifique, et dans ce bleu passent des ombres et beaucoup d’eau.

Nous retournons avec lui sur les lieux de sa retraite au monde, L’Isle-sur-la-Sorgue, dans le Vaucluse. On se retrouve sur le quai Jean-Jaurès. Renaud nous offre la visite. D’abord les bistrots : L’Isle de Beauté, Le Bouchon. Puis d’autres que j’ai oubliés. « Là, c’est mon tatoueur, là, mon coiffeur… » Il raconte l’histoire de la Sorgue, les barges sur l’eau, la pêche… Il est fier et amoureux de « [son] pays ». Puis direction La Pétouze, à quelques kilomètres de là. « Petit roitelet », pétouze en provençal, c’est ainsi que se nomme la grande maison familiale aux murs cuivre où il vivait retiré depuis plusieurs années. Il raconte l’histoire de cette ancienne bergerie qui appartenait à sa tante Laurette décédée il y a peu, à l’âge de 100 ans, et de son oncle médecin de campagne, « médecin des pauvres qui se levait à 1 heure du mat pour soigner des angines et se faisait payer avec un lapin ou un poulet. »

... La suite dans Causette #66.

Publié le 25 Mars 2016
Auteur : Liliane Roudière | Photo : Magali Corouge pour Causette
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