Politique Publié le 25 Mars 2016 par Juliette Plagnet

On pense le travail autrement ? Revenu de base

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Plus d’un million de signatures contre la loi El Khomri et des centaines de milliers de personnes dans les rues pour défendre leurs droits. Et pourtant, une question persiste : se battre pour l’emploi, est-ce que ça a encore un sens ? Pendant que politiques et population s’écharpent pour réformer un système épuisé, des voix s’élèvent pour annoncer que, de l’autre côté de l’impasse, une société nouvelle est possible. Introduction à l’idée d’un revenu universel.

« Aujourd’hui, lutter pour encadrer le marché du travail, c’est une cause perdue. » Martine Alcorta est conseillère régionale en Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes. Elle bataille depuis son élection pour que la Région expérimente une option alternative : le revenu de base. Le principe est simple : l’État verse un salaire mensuel à tous les citoyens, qu’ils soient jeunes ou vieux, pauvres ou riches, salariés ou pas. Garanti à tous, tout au long de la vie, sans conditions ni contrepartie. Un revenu de base de 1 000 euros permettrait à qui veut de se passer d’emploi durablement : « C’est ça, l’objectif du revenu de base : la sécurisation des parcours. Ensuite, on va ou on ne va pas sur le marché du travail, chacun est libre. Mais on n’est plus soumis à la tyrannie du marché de l’emploi, comme c’est le cas aujourd’hui », argumente Martine Alcorta.

Dans une société de plus en plus mondialisée, automatisée, comment peut-on encore espérer le plein-emploi ? Les progrès techniques nous dispensent de plus en plus de main-d’œuvre. Le camion sans éboueurs, la caisse sans caissières, l’usine qui emploie des machines plutôt que des hommes (voir aussi page  38). Aujourd’hui, c’est une catastrophe – les chômeurs sont toujours plus nombreux, la précarité devient la norme et les entreprises qui détiennent les emplois sont toutes puissantes –, mais ça pourrait être une chance : moins de travail, c’est plus de temps pour toutes les activités humaines qui se passent en dehors de l’emploi. « Nous sortons de la civilisation du travail, mais nous en sortons à reculons, […] incapables de fonder une culture du temps disponible et des activités choisies », avertissait déjà en 1990 André Gorz. Le philosophe et journaliste annonçait la fin de la société du travail et prêchait pour un nouveau système : celui du revenu d’existence. L’imaginer, c’est imaginer que demain, si vous perdez ou quittez votre boulot, votre première interrogation ne sera plus « comment payer mon loyer ? », mais « qu’est-ce que j’ai envie de faire ? ». Étudier, s’occuper de sa famille, faire du bénévolat, se jeter à corps perdu dans une passion… Et choisir d’avoir un emploi salarié à plein temps, à temps partiel ou se contenter du revenu de base et vivre avec peu. Les trente-cinq heures de travail rémunérées ne sont plus le Saint Graal pour lequel tout le monde se bat, mais une possibilité parmi d’autres.

... La suite dans Causette #66.

Publié le 25 Mars 2016
Auteur : Juliette Plagnet | Photo : illustration : Chez Gertrud /illustrissimo pour Causette
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