Reportages Publié le 17 Mars 2016 par Philippe Ridou

Notre-Dame-des-Landes : forte mobilisation pour l’abandon du projet d’aéroport 17/03/16

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Samedi 27 février, près de Nantes (Loire-Atlantique), 15 000 à 50 000 opposants au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (suivant le comptage) se sont donné rendez-vous. Une démonstration de force pour dénoncer les expulsions et empêcher le début des travaux.

« La mobilisation d’aujourd’hui, c’est de démontrer notre opposition au projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et que, référendum ou pas, nous restons vigilants et prêts à intervenir pour empêcher les travaux de commencer sur la ZAD1 », explique Camille, talkie-walkie dans une main, guidon de vélo dans l’autre. Camille, c’est l’un des prénoms qu’elle donne aux journalistes qui l’interrogent. Une manière de préserver son identité, « d’éviter le fichage policier et la personnification du mouvement ». La trentaine, jean et coupe-vent, elle se dit « citoyenne engagée ». Elle coordonne le convoi des 42 tracteurs et quelque 800 vélos qui, dans la matinée, ont bloqué l’axe Nantes-Rennes et se dirigent, en traversant le site du « futur » aéroport, vers l’autre nationale (Nantes-Vannes) qui enserre la ZAD. L’ambiance est bon enfant : familles avec bambins, couples en tandem, groupes de retraités, bobos, militants écolos de la première heure, agriculteurs se mêlent. Plus tard, au point de rassemblement sur la RN 165, ils sont 15 000 selon la préfecture, 50 000 selon les organisateurs : un succès indéniable. Ils étaient moitié moins le 9 janvier à bloquer le périphérique nantais.

“Un débat faussement démocratique”

Depuis le pont qui enjambe la nationale, le spectacle est saisissant : l’asphalte anthracite est envahi par une foule multicolore. La palette d’opposants au projet d’aéroport s’élargit politiquement, sociologiquement et géographiquement. L’éventail va des jeunes zadistes, pantalon à poches, sweat à capuche, aux bonnets rouges. Ils sont venus d’Auray (Morbihan) et Quimperlé (Finistère). Parmi eux, Christine, teint buriné, yeux plissés et pétillants, dénonce « l’accaparement des terres agricoles et les dépenses de l’État ». À la tribune, Françoise Verchère, coprésidente du Collectif d’élus doutant de la pertinence de l’aéroport (Cédpa), dénonce « le débat faussement démocratique et le mensonge de l’État ». Une soixantaine de cars ont été affrétés. Les provenances scotchées sur les pare-brise indiquent Carhaix (Finistère), Lorient (Morbihan), La Rochelle (Charente-Maritime)… Idem pour les voitures garées à proximité, la plupart placardées de l’autocollant jaune, rouge et noir « Non à l’aéroport ».

Élargir le référendum

Le Grand Ouest s’est donc invité. Logique après tout, c’est bien l’ambition affichée de l’État et du concessionnaire, puisque le nouvel équipement s’appelle Aéroport du Grand Ouest-Vinci (AGO Vinci). Et puis, en ligne de mire, il y a le référendum annoncé par François Hollande le 11 février dernier. Tous sont venus dire un « non » massif à la question posée par le président : « Voulez-vous ou ne voulez-vous pas du projet d’aéroport ? » Et de réclamer que le périmètre de la consultation, que Manuel Valls souhaite circonscrire à la Loire-Atlantique, soit élargi. « Le gouvernement s’appuie sur un sondage2 qui dit que plus on restreint au seul département directement concerné, plus les gens votent pour, mais la question environnementale nous concerne aussi », déclare Jean, sexagénaire grisonnant de l’Ille-et-Vilaine.

Du Larzac à Notre-Dame-des-Landes

Le soutien à la lutte de NDDL est national, une centaine de comités ont fleuri partout en France et quelques-uns de leurs représentants, de Lille, du Saumurois, de Dunkerque, comptent parmi les manifestants de ce samedi. Sous des drapeaux « Larzac », yeux clairs et pipe fumante, José Bové est là : « La lutte dure depuis 1973 et pour Notre-Dame-des-Landes et le Larzac, le combat est le même », une façon pour l’écologiste de rappeler le soutien à l’époque des paysans de NDDL contre l’appropriation des terres agricoles à des fins militaires. Face à l’ampleur de la mobilisation, l’eurodéputé se dit « confiant dans l’abandon du projet ». À quelques pas de lui, le syndicaliste du NPA, Philippe Poutou, prône la convergence des luttes : projet d’aéroport et loi El Khomri sur le travail, même combat !

Bricolage, débrouille et ironie

Sur les bords de la quatre-voies, un groupe érige symboliquement une vigie estampillée « Laisse béton » : le bricolage, la débrouille, l’ironie, c’est aussi cela l’esprit de la ZAD. La tour « de contrôle » fait près d’une dizaine de mètres de haut. Le long des glissières de sécurité centrales, des cantines se sont installées d’où émanent des odeurs de soupe, de plats plus ou moins véganes, de vin chaud, de thé et de café. Le tout offert gracieusement ou au « prix conscient » : « C’est une façon d’interroger notre rapport à l’argent », explique un jeune occupé à servir une assiette de purée. « En échange de ce plat, chacun donne ce qu’il veut ou peut à partir de ce qu’il estime être juste. » Un parti pris au parfum de ZAD, ce lieu où s’expérimentent d’autres modes de vie, en contre-pied de la société de consommation. Les partisans de l’aéroport ne retiendront sans doute que les dégradations : piliers de pont et station-service Total peinturlurés, et le tag « Collabos » bombé sur le véhicule régie d’une équipe de télévision. Fin mars, l’échéance des dernières expulsions arrivera à son terme et les modalités du référendum seront connues. Quant à leur effectivité… 

1. ZAD : Zone d’aménagement différé rebaptisée Zone à défendre par les opposants au projet d’aéroport. 2. Sondage Harris pour le PS, réalisé en novembre 2015 : 65% des sondés de Loire-Atlantique favorables au projet d’aéroport.

Publié le 17 Mars 2016
Auteur : Philippe Ridou | Photo : P.R.
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