Environnement Publié le 24 Février 2016 par Laure Noualhat

Les jumelles atomiques Tchernobyl / Fukushima

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Il y a trente ans pour l’une, cinq ans pour l’autre, les centrales nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima explosaient, contaminant leur environnement. Au-delà de leur différences techniques, elles déroulent une chronologie similaire.

Tchernobyl est entrée dans l’Histoire en pleine nuit. Fukushima en plein jour. La première a explosé à cause d’un test qui a mal tourné, l’autre à cause des éléments naturels déchaînés. L’une a secoué un régime soviétique à l’agonie, l’autre a révélé les limites d’une démocratie face à une catastrophe nucléaire.

Tchernobyl, Fukushima. Vingt-cinq années séparent ces catastrophes, pourtant on dirait des jumelles, deux clones atomiques. Un demi-monde sépare ces événements, pourtant ils parlent le même langage, ils déroulent la même chronologie faite de nature souillée, de silences administratifs et de destins fissionnés. Tchernobyl a emprunté avant sa jumelle japonaise les chemins des mensonges coupables, des enfouissements honteux, des oublis forcés : Fukunobyl-Tchernoshima.

On avait dit de Tchernobyl que c’était un accident « soviétique », c’est-à-dire géré par un régime autoritaire, dans le secret, dans un pays fatigué où l’excellence n’était plus au rendez-vous. Cela signifiait surtout qu’avec nos ingénieurs et nos technologies nous étions à l’abri. Fukushima est venue démentir cette assertion. Et l’expérience japonaise démontre aussi qu’aucune catastrophe atomique ne se conforme aux principes démocratiques : on ne peut mettre au vote la décontamination des terres, encore moins légiférer sur des doses « acceptables » de radioactivité dans le lait des enfants. On ne réglemente pas le danger, on l’impose !

Tchernobyl est entrée dans l’Histoire en 1986, à une époque où l’Est et l’Ouest ne se parlaient pas. Vingt-cinq ans plus tard, les murs se sont effondrés, aucune chape ne résiste aux réseaux sociaux ou aux chaînes d’information en continu. Si on a eu vent de Tchernobyl une poignée de jours après son explosion, on a vu Fukushima se dérouler sous nos yeux, presque en direct.

Que ce soit trente ou cinq ans « après », dans les deux cas, il a fallu aménager la vie avec, ne plus compter sans. Pour les Ukrainiens, les Russes et les Biélorusses, dont les terres ont été contaminées, cela voulait dire partir et (presque) rien d’autre. Pour les Japonais, hors de question de renoncer à quelques kilomètres carrés contaminés. Les autorités font croire qu’il suffit de nettoyer les maisons au Kärcher pour les rendre habitables et entretiennent l’idée d’un retour comme s’il ne s’était rien passé.

Seule certitude dans les deux cas : le temps va résoudre l’affaire comme il dissout la radioactivité. Trente ans plus tard, Tchernobyl s’efface, Fukushima devient sa mémoire vive. Heureusement qu’une catastrophe nucléaire chasse l’autre pour mieux se rappeler à nos souvenirs...

 

... La suite dans Causette #65.

Publié le 24 Février 2016
Auteur : Laure Noualhat | Photo : © Spl/phanie
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