La cabine d'effeuillage Publié le 24 Février 2016 par Liliane Roudière

Dans la rue, le boss c’est lui ! Ernest Pignon-Ernest

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À 73 ans, il reste le pape du street art, l’initiateur de l’art urbain. Pour le poète et compagnon de route André Velter, Ernest Pignon-Ernest « agrandit le réel ». la jeune génération (Jr, Ella & Pitr, Banksy...) applaudit et reconnaît en lui un initiateur. Cela fait deux ans que nous nous courons après – pour être tout à fait exact, c’est nous qui lui courons après. toujours il nous dit oui, mais toujours il est ailleurs : Moscou, naples, Monte-Carlo, nice, Haïti... Partout on le réclame.

Naples, Santiago, Soweto, Charleville, Montauban, Ramallah, Naplouse, Jérusalem, Nice, Paris, Alger... Toutes ces villes gardent au cœur le passage d’Ernest Pignon-Ernest * (EPE). Des années après, les centaines de collages sur les murs de ces villes respirent encore. Déchirés, délavés, même disparus, ils ont à jamais inscrit l’histoire humaine dans ces lieux, l’éphémère faisant partie de l’œuvre. Et cela grâce à la méthode EPE. Faire coïncider un lieu, une histoire, une image. Par exemple, lorsqu’il dessine son célèbre Rimbaud, il ne va pas le coller n’importe où. Chaque emplacement aura un sens. Le postulat paraît simple, la réalisation est beaucoup plus complexe. « Pour moi, il faut que l’élément de fiction que je glisse dans la réalité la perturbe, l’exacerbe, l’active. Que l’inscription de l’image fasse du lieu un espace plastique. Il faut savoir comment les gens vont la rencontrer pour qu’il y ait une espèce de face-à-face sensuel, presque charnel. D’où l’idée de toujours travailler à l’échelle 1. Quand je vais coller quelque part, j’ai vu le lieu à différentes heures de la journée, je sais comment la lumière l’éclaire, je connais la matière du mur, l’espace qu’il y a autour. J’ai une appréhension de peintre ou de sculpteur. Je chope tout ce “ Il faut que l’élément de fiction que je glisse dans la réalité la perturbe, l’exacerbe, l’active ” qui se voit dans le lieu et en même temps je lis, j’interroge les gens, j’essaie de saisir tout ce qui ne se voit pas : l’Histoire, la mémoire enfouie, le potentiel symbolique. Et c’est nourri de tout ça que je réalise mon dessin. »

Une fois ces centaines d’éléments et de sensations réunies, Ernest s’enferme dans son atelier à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), dessine en noir et blanc sur de grands pans de papier, chutes de rotatives (il y a l’imprimerie du Monde à Ivry). Puis, ses grands rou- leaux de papier sous un bras et le pot de colle à l’autre, il va coller ses dessins sur le lieu choisi, et l’œuvre prend forme : « Mes œuvres ne sont pas mes dessins ou mes sérigraphies, ce sont les lieux eux-mêmes exacerbés. On a dit que je faisais des œuvres en situation, en fait, je tente de faire œuvre de la situation. »

 

... La suite dans Causette #65.

Publié le 24 Février 2016
Auteur : Liliane Roudière | Photo : Magali Corouge pour Causette
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