La page cuisine Publié le 12 Février 2016 par Franck Le Henry

Saint-Valentin : la recette de la rupture 12/02/16

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Concepteur culinaire, Francesco Vatelino élabore des menus thématiques en fonction des événements. Son sacerdoce : faire rimer cuisine avec imagination. Son credo : joindre l'ustensile à l'agréable. Aujourd'hui, il nous propose un menu spécial pour ce 14 février.

« Pour mieux apprécier les petits pois, portez des lunettes noires,

vous aurez l'impression de manger du caviar »
Francesco Vatelino (Conférence du 23 décembre 2009, à Maubeuge)

 

C'est la Saint-Valentin et votre respect des traditions vous a poussée à choisir la fête des amoureux pour lui annoncer que tout est fini entre vous. Même si, de prime abord, ce choix de date peut surprendre pour une déclaration de désamour, il est en fait fort judicieux, car vous aurez pris soin, quelques jours auparavant, de faire miroiter à votre futurex une surprise pour ce 14 février et donc, le jour J, il(elle) s'attendra à tout sauf à ça et, ainsi, vous redorerez votre blason en donnant toute sa substantifique moelle au mot « surprise ». Bien entendu, une fois votre message passé, ne soyez pas étonnée si vous prêtez le flanc à quelques commentaires peu élogieux à votre égard ; ils pourront aller du simple « Petite goujate ! » jusqu'au « Putain, t'es vraiment qu'une grosse connasse ! ». Mais nous n'en sommes pas encore là.

Donc, afin de fêter la quille d'annoncer la triste nouvelle, vous avez décidé de faire part (de mariage que nenni) de votre décision autour d'un dîner avec LE MENU SPÉCIAL FAUX-CUL : « JE TE QUITTE, TU MÉRITES MIEUX QUE MOI. »

D'abord, quelques mots sur le dressage de table et sa façon de le mettre au service de votre cause, et ce, grâce à un léger conditionnement psychologique. Ni fleurs ni nappe, juste une bougie noire que vous aurez préalablement allumée. Une fois que votre convive sera installé(e), vous prendrez bien soin de l'éteindre sous ses yeux ; ainsi, sans n'avoir encore pipé mot quant au véritable dessein de ce dîner, votre futurex percevra inconsciemment le symbole de cette flamme que vous éteignez comme la métaphore de vos sentiments à son endroit. Vous aurez subliminalement semé la graine du doute dans son esprit, de sorte que, plus tard, quand vous annoncerez la séparation, il(elle) encaissera cet uppercut émotionnel avec d'autant moins de surprise qu'il(elle) l'aura anticipé sans s'en rendre compte. Mais attention, cela n'empêchera en rien le(la) plaqué(e) d'être éventuellement mû(e) par quelques réflexes pavloviens en direction de votre petite gueule.

C'est donc dans un souci de sécurité qu'il est conseillé de privilégier la vaisselle en plastique (on fait aujourd'hui de très jolies choses) ; oubliez tout ce qui est porcelaine, cristal ou argenterie, et ce, afin d'éviter tout risque de blessures dû à des assiettes, verres ou couverts qui seraient lancés malencontreusement dans votre direction (encore Pavlov). Pour cette même raison, ne mettez pas à portée de main la bouteille de mousseux sortie pour l'occasion (le champagne a une connotation trop festive vu la circonstance). La table est maintenant prête. Mettez un peu de musique en fond (un p'tit Aubert avec Voilà, c'est fini ou un Miossec avec Je m'en vais seraient de fort bon aloi).
Profitons maintenant de l'apéritif pour continuer le conditionnement psychologique.

 

 

APÉRITIF

Aux alcools forts, risquant de chauffer prématurément l'esprit de votre futurex et gâchant ainsi l'ambiance que vous préféreriez baignée d'une lumière tamisée de coolitude et de compréhension mutuelle (enfin, surtout de sa part), préférez une bière à la « entre potes », puis trinquez en portant ce toast : « Si un jour on se sépare, j'espère qu'on restera ami(e)s. »

 

Avec la mistoufle de la bougie, la musique et ce toast, votre partenaire devrait maintenant commencer à subodorer la raison de ce dîner. Si tel n'était pas le cas, vous me permettrez de paraphraser Pierre : « Écoutez Thérèse, je n'aime pas dire du mal des gens, mais, effectivement, elle est gentille. »

 

 

ENTRÉE : AVOCAT À LA BUG'S BUNNY

C'est un avocat sauce carottes (les choses pouvant mal tourner, oubliez tout assaisonnement à base de vinaigre).
Pour votre futurex, en particulier si vous êtes mariés, préférez un avocat bien souple, plutôt mou. Quant à la sauce, faites bouillir les carottes 9 minutes et, une fois que les carottes sont cuites, allez-y : égouttez-les tout en annonçant mine de rien votre rupture (si vous attendez la fin du dîner, cela pourrait passer pour de la goujaterie, voire de la lâcheté, tandis qu'en début de repas vous montrez courage en prenant le taureau par les cornes et empathie en lui épargnant une mauvaise digestion).

 

Surveillez la réaction de votre partenaire et attendez quelques secondes. Si il(elle) ne part pas en claquant la porte ou ne vous empale pas sur place avec le premier objet qu'il(elle) aura sous la main, continuez alors votre sauce en mixant les carottes avec de la crème et de l'ail écrasé. Et si votre « maintenant ex » verse des larmes, mettez-vous au diapason en versant la sauce sur les avocats. Ce n'est rien, mais un petit geste de réconfort dans ces moments-là fait toujours du bien.
Après l'entrée et son annonce, voici un plat qui évitera tout affrontement.

 

 

PLAT : LE FILET À L'ANGLAISE 

Un filet de sole, de la chapelure, 1 œuf et de la farine. Badigeonnez le filet de farine, nappez du jaune d'œuf, puis panez-le de chapelure et poêlez avec du beurre (ne mettez surtout pas d'huile sur le feu). Servez-le avec la fameuse et copieuse salade-cocktail « Nous ne dormirons plus ensemble » à base d'ail, d'anchois, le tout nappé de maroilles fondu.

 

 

FROMAGE : LE GOUDDHA

Quoi de mieux pour retrouver un esprit zen qu'un fromage tibétain au lait de yack.

 

 

DESSERT : UN DIVORCÉ

Puisque vous êtes arrivée au dessert, c'est que les choses ne se sont pas si mal passées, alors pourquoi ne pas clore cette Saint-Valentin sur une note drolatique, car si votre « maintenant ex » est toujours là, c'est qu'il(elle) a vraiment le sens de l'humour. Je vous propose donc cette pâtisserie : le divorcé.

 

Ce sont deux boules en pâte à choux farcies de crème pâtissière. L'une au chocolat, l'autre au café, collées avec une crème au beurre.


Une fois le divorcé consommé, en point final à ce repas, un café sera parfait. Vous pouvez éventuellement l'accompagner de petits gâteaux tels que tuiles aux amandes, spéculoos, etc., etc. mais évitez absolument les madeleines, elles pourraient réveiller des souvenirs, bons ou mauvais. Et dans les deux cas, ce n'est vraiment pas le moment.

 

Bon appétit, bon courage et, surtout, bonne chance.

 

Publié le 12 Février 2016
Auteur : Franck Le Henry | Photo : illustration : Anne-Lise Combeaud
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