Les couleurs du féminisme Publié le 06 Février 2016 par Anna Cuxac

L'excision, ou la torture des vulves 06/02/16

blog post image

Ce samedi 6 février est la Journée internationale contre les mutilations génitales féminines. Les quoi ?

L’être humain est doté d’une imagination infinie quand il s’agit d’avilir son prochain (même si ça n’est pas la raison invoquée officiellement). Dans son métier d’oppresseur assermenté, il possède depuis l’avènement des civilisations un panel de mutilations sexuelles pratiquées au gré des époques et des sociétés. À l’occasion de la Journée internationale contre les mutilations sexuelles féminines (MGF), passons en revue la créativité de l’espèce humaine sur le sujet. C’est l’Organisation mondiale de la santé (OMS) qui s’est efforcée de classifier les différentes tortures recensées de par le globe, de façon à pouvoir s’y retrouver :

- type 1 : la clitoridectomie. C’est « l’ablation partielle ou totale du clitoris et, plus rarement, seulement de son prépuce ».
- type 2 : l’excision. Ablation du clitoris et des petites lèvres et – en option – des grandes lèvres.
- type 3 : l’infibulation. « Rétrécissement de l’orifice vaginal par la création d’une fermeture, réalisée en coupant et en repositionnant les lèvres intérieures, et parfois extérieures ». En option, ablation du clitoris.
- type 4 : catégorie « autres », réservée à des innovations criminelles diverses, selon l’inspiration du bourreau.

Lequel, notons-le, est le plus souvent une femme, en sa qualité traditionnelle d’exciseuse, fréquemment accoucheuse.

100 à 140 millions de femmes mutilées dans le monde

Cependant, la modernité frappe aussi à la porte des traditions millénaires de charcutage du corps féminin et en Égypte, par exemple, la plupart des excisions sont désormais médicalisées. Réalisées illégalement, mais tranquillou par des toubibs diplômés. Quelle modernité, mes ami(e)s ! Toutes ces belles initiatives faites pour s’assurer que les femmes ne connaîtront pas le plaisir sexuel, souffriront toute leur vie ou, en cas d’infibulation, seront dépucelées-déchiréee par l’heureux marié. Elles nous amènent gentiment au chiffre de 100 à 140 millions de femmes mutilées aujourd’hui dans le monde, selon l’OMS. Ces chiffres démontrent l’existence d’une sorte d’internationale informelle des exciseurs-euses, puisque les pays africains auxquels on pense spontanément sur le sujet – Égypte, Éthiopie et Mali en tête – ne sont pas les seuls : on trouve des cas de MGF en Asie du Sud-Est et jusqu’en Colombie et au Pérou.

Entre pseudo commandements religieux et rites initiatiques

Avant de se syndiquer, les tortionnaires des vagins gagneraient à harmoniser les justifications qu’ils avancent quant à leurs pratiques. Définie comme un rituel de passage à l’âge adulte dans certaines communautés animistes d’Afrique, la MGF peut aussi être un bon moyen pour prévenir l’adultère des femmes lubriques. Selon certains doctes pieux (et leurs interprétations), ces mutilations feraient aussi l’objet de sombres commandements religieux. Tout ceci pour vous dire que face au talent de l’être humain, quand il s’agit de traiter « la fâme » pire qu’une bête, nous pouvons toutes et tous déployer un génie encore plus grand pour contrecarrer ces mauvais plans.

Voici une liste non exhaustive d'associations qui luttent contre, et que vous pouvez aider :

- La fédération GAMS apporte un soutien aux femmes victimes de MGF, sensibilise et forme des professionnels des champs sociaux, médico-sociaux, éducatifs et de la justice. Adhésion : 40€ ou 20€ pour les chômeur-euses, retraité-es, étudiant-es.

- Excision, parlons-en ! fédère différents organismes de lutte contre l'excision et « se propose d'œuvrer à la disparition de l'excision en privilégiant un travail de mutualisation des expertises de différents acteurs. » Adhésion : 20€.

- L'institut en santé génésique, co-fondé par le docteur Pierre Foldès, permet aux femmes excisées de bénéficier d'une chirurgie de reconstruction. Mais son champ d'action s'ouvre aussi à la prise en charge globale de femmes victimes de violence (psychologues, conseillers juridiques, médecins et assistantes sociales sont réunis dans un même lieu), et avait fait l'objet d'un reportage dans Causette en 2014.

- ACZA 35 réalise 3 missions par an en Côte d'Ivoire depuis 2005 pour inciter les habitant-es du village de Kabakouma à abandonner la pratique de l'excision. Sa présidente, Martha Diomandé, est issue de ce village et a été excisée. Aujourd'hui chorégraphe à Rennes, elle a monté cette association dans le but de faire disparaître une tradition animiste envisagée comme un rituel de passage à l'âge adulte. Son travail est l'objet d'un documentaire, La Forêt sacrée, dont nous vous proposons la bande-annonce ci-desssous. Depuis peu, ACZA a mis en place un système de parrainage / marrainage de petites filles dont l'objectif est « d'apporter un kit de scolarisation aux familles volontaires, afin qu'elles puissent scolariser leurs filles en âge de l'être en échange de l'engagement de ne pas les faire exciser. » 

 

Publié le 06 Février 2016
Auteur : Anna Cuxac | Photo : © Excision, parlons-en !
27169 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette