Politique Publié le 04 Février 2016 par Marine Couturier

Élan de solidarité pour les salariés de Goodyear 04/02/16

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Jeudi 4 février place de la Nation à Paris, des centaines de personnes ont affiché leur soutien aux huit ex-salariés de Goodyear condamnés à deux ans de prison dont neuf mois ferme pour la séquestration du DRH et du directeur de la production de l’usine d’Amiens-Nord en 2014.

En cette fin de matinée, la grisaille parisienne n’a pas entamé leur motivation. Sur la place de la Nation, ils sont plusieurs milliers à avoir répondu à l’appel de la CGT pour protester contre les condamnations de huit ex-salariés de Goodyear à deux ans de prison dont neuf mois ferme, le 12 janvier dernier. Leur faute : avoir retenu pendant trente heures, les 6 et 7 janvier 2014, le DRH et le directeur de la production de l’usine d’Amiens-Nord, alors menacée de fermeture. La condamnation paraît d’autant plus sévère que les « victimes » ainsi que la direction de Goodyear Dunlop Tires France avaient retiré leur plainte moins d’un mois après les faits.

Mais peu importe pour le parquet, qui a décidé de donner une suite judiciaire à l’affaire et a requis deux ans de prison, dont un an ferme « aménageable » lors de l’audience du 24 novembre 2015. On se dit quand même que parfois le monde ne tourne pas bien rond. Même Nicolas Sarkozy aurait évoqué son désaccord quant à cette sanction. On marche sur la tête on vous dit. Au sein du gouvernement, seule Pascale Boistard, secrétaire d’État chargée des droits des femmes, a pris position contre cette décision sur Twitter :

En attendant un deuxième procès en appel, dont la date n’est pas encore connue, des rassemblements étaient organisés aujourd’hui dans plusieurs villes de France à l’appel de la CGT. Place de la Nation, des hommes, des femmes et beaucoup de rouge : celui de la CGT bien sûr, mais aussi celui de la colère. Parmi les manifestants, Annick, ancienne cadre de la fonction publique et syndiquée à la CGT, aujourd’hui à la retraite : « Je souhaite la relaxe pure et simple de ces salariés. J’aimerais aussi qu’on arrête de transformer tous les gens qui défendent leur emploi ou qui font du syndicalisme en délinquants. [...] Je pense qu’on sort des valeurs profondes qui sont celles de la France. »

Sans tomber dans le complot, François-Nicolas accuse lui le gouvernement d’avoir relancé la procédure alors que les plaintes ont été retirées : « C’est vraiment un signal fort, qui met en cause la démocratie et les libertés individuelles, et c’est très inquiétant. » Pour ce responsable CGT dans la Somme, il est « inconcevable de considérer comme hors-la-loi des gens qui se battent pour leur boulot ».

Certes, le recours à la séquestration ne devrait jamais être une solution au règlement d’un conflit. Mais parfois l’exaspération, elle, peut se comprendre. Face à la fermeture imminente d’une usine qui emploie 1 143 salariés, alors que le bénéfice du groupe continue d’augmenter, et à l’absence de réponses d’une direction quant à la détresse sociale des employés, cette séquestration sonnait alors comme un cri de désespoir. Et il n’en reste pas moins que la sanction dont ont écopé ces salariés reste disproportionnée au regard de ce qui leur est reproché. Une injustice également pointée du doigt par Catherine, une ancienne syndicaliste à la retraite : « Neuf mois de prison ferme, on n’a jamais vu ça. Jamais ! Là, il faut à tout prix que le peuple réagisse, que tous les ouvriers et les salariés se mettent ensemble et qu’on se trouve tous dans la rue pour pouvoir exprimer notre mécontentement et dire que ça ne va plus du tout. » Venue d’Amiens par bus avec d’autres militants CGT, elle devait repartir l’après-midi même vers le Nord. Pour Goodyear, l’avenir semble se dessiner désormais plus à l’Est puisque, en novembre dernier, l’entreprise a passé un accord de licence avec Titan pour produire des pneus en Russie.

Publié le 04 Février 2016
Auteur : Marine Couturier | Photo : M.C.
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