Les gens Publié le 23 Janvier 2016 par Par Chika Unigwe ; traduit de l’anglais par Isabelle Lauze

Et Mama Paulina devint papa Nigéria

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L’écrivaine nigériane Chika Unigwe sait raconter des histoires. Elle relate ici la vie de Mama Paulina, qui a changé de genre pour ne pas être expropriée* . Chez les Igbos, une ethnie du sud du Nigeria, les veuves sont à la merci de leur belle-famille qui peut les chasser si elles n’ont pas d’héritier mâle. Mais une coutume ancienne leur permet d’échapper à ce destin funeste…

Par un après-midi ensoleillé, une camionnette s’engage dans Lokpanta. Le conduc‑ teur se penche à la vitre pour demander la direction de la maison de Mama Paulina. Un homme corpulent en treillis est assis à ses côtés. Les villageois indiquent la direction aux deux inconnus et, curieux de connaître la raison de leur visite, ils se dirigent au pas, au trot, au galop vers chez Mama Paulina. Si c’est une bonne nouvelle, ils pourront se réjouir avec elle. Si c’est une mauvaise nouvelle, au moins elle ne sera pas seule. Mama Paulina est en train de cuisiner dans la cour de sa maison quand elle entend qu’on appelle. Elle rajuste son foulard et sort sur le pas de la porte. Le corps de son fils Ebele est à l’arrière de la camionnette, lui dit le chauffeur, expliquant qu’il travaille pour le même patron et qu’Ebele est mort de dysenterie. Il décharge le cadavre devant la maison et démarre. Son passager n’a pas dit un mot. Il s’est contenté de fixer tout le monde d’un air mauvais. Les villageois racontent que Mama Paulina a poussé un long gémis‑ sement, puis s’est effondrée.

C’est une façon bien cruelle d’apprendre un décès, mais les riches (et leurs émissaires) annoncent les nouvelles comme bon leur semble. Comme on l’a su après, certains jeunes hommes du village étaient furieux qu’on ne les ait pas appelés pour infliger une bonne leçon à cet oiseau de malheur. « Comment ose-t-il ramener l’un des nôtres comme ça ? Comme si c’était un bout de bois ! »

... La suite dans Causette #64.

Publié le 23 Janvier 2016
Auteur : Par Chika Unigwe ; traduit de l’anglais par Isabelle Lauze | Photo : illustration : Caroline Gamon pour causette
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