Enquete Publié le 23 Janvier 2016 par Elvire Emptaz

Vol de bébés en bande organisée France-Bosnie

blog post image

Elles ont moins de 13 ans, sont enceintes et volent dans le métro pour le compte d’un clan bosnien du nom de Hamidovic. Que deviennent leurs bébés après la naissance ? Causette a suivi leur trace, de Paris à Sarajevo. Et a retrouvé l’un des chefs de ce trafic d’êtres humains à ciel ouvert.

Il est midi dans le métro parisien. Les portes de la rame claquent à la station Madeleine. Au centre du wagon, une touriste coréenne adossée à la barre de soutien scrute un plan de Paris. Ni elle ni aucun passager ne voient la petite main en train de se faufiler dans le sac beige qu’elle porte en bandou‑ lière, cinq petits doigts agiles et discrets qui sortent du sac un portefeuille garni. La touriste sursaute en entendant un cri qu’elle déchiffre aussitôt : « Police ! »

Deux policiers en civil de la sûreté régionale des transports (la police du métro) surveillaient la gamine, cachés parmi les voyageurs. Haute d’un mètre quarante, elle doit avoir 12 ans, 13 au maximum. Afin de l’arrêter en flagrant délit, les policiers ont saisi son bras quand elle escamotait le portefeuille. Les passagers la regardent et découvrent son état : son ventre est arrondi, elle est enceinte d’au moins six mois. Les policiers la descendent sur le quai du métro Opéra.

La fillette n’a aucun papier d’identité sur elle : « Quel est ton nom ? – Claudia*. – Claudia comment ? – Hamidovic. » Une « Hamido », les policiers s’en doutaient. Hamidovic, c’est le nom du clan qui forme et exploite ces enfants pickpockets. Sur le quai, deux autres agents les rejoignent, en civil eux aussi. Ils serrent les bras de deux autres fillettes Hamidovic, interpelées comme Claudia dans le wagon voisin. Chacune lève un œil implorant vers son policier pour négocier sa liberté : « Laisse-moi partir ! » Elles savent que l’homme, parfois, les relâche en échange d’une information sur le réseau criminel. Mais aujourd’hui, les policiers sont sourds. Ils les embarquent au poste de police régional des transports, dans le XVIIIe  arrondissement.

Relâchées au petit matin

« Votre âge ? – 12 ans », répondent en chœur les trois fillettes. Les policiers sourient. L’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante interdit d’incarcérer un mineur de moins de 13 ans, quel que soit son crime, et les fillettes le savent. La seule contrainte pouvant s’exercer sur elles est une mesure éducative, comme une mise en foyer. Un policier sort le tampon encreur destiné aux empreintes digitales. Les fillettes ferment les poings pour empri‑ sonner leurs doigts. Ne pouvant les forcer, les policiers les placent en garde à vue et, comme aucun adulte ne viendra les chercher, ils les relâcheront au petit matin. Routine.

Ces fillettes, les policiers du métro les arrêtent tous les jours. Elles font partie du clan rom Hamidovic, originaire de Bosnie. À Paris, Rome, Bruxelles, Barcelone, Ams‑ terdam ou Budapest, les chefs du clan, divisé en plusieurs branches, envoient une centaine d’enfants vider les poches des touristes dans les transports. C’est à Paris qu’ils volent le plus. En 2010, la préfecture dénombre une trentaine de voleurs, tous mineurs, qu’elle tient pour responsables de plus de 70 % des vols à la tire dans les rames. Neuf sur dix sont des filles. Leur vie est longtemps restée un mystère. Devant leurs interrogateurs, ces fillettes savent garder le silence comme d’anciens voyous. Au mieux les policiers parviennent-ils à deviner, en observant leur corps, les violences répétées qu’elles subissent : des marques sur la peau tuméfiée ou brûlée par des cigarettes jusqu’aux viols, vu le nombre d’entre elles qui, à moins de 13 ans, sont enceintes.

... La suite dans Causette #64.

*Le prénom a été modifié.

Publié le 23 Janvier 2016
Auteur : Elvire Emptaz | Photo : © Fanny Tondre
2927 vues | 0 commentaire

Déposez votre commentaire
J'aime Causette