Engagée Publié le 22 Janvier 2016 par Charlie Duplan, envoyé spécial à Tunis

La robe et le crayon Radhia Nasraoui et Nadia Khiari

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L’une lutte, l’autre aussi. Radhia avec sa robe d’avocate, Nadia avec son crayon. L’une plaide, l’autre dessine sous le nom de Willis from tunis. À elles deux, elles représentent la diversité, l’engagement, la gaieté et la force des tunisiennes. C’est leur premier grand entretien ensemble.

Éminents visages de la révolution tunisienne, Radhia Nasraoui et Nadia Khiari ne se ressemblent pas. Du moins, pas au premier abord. La première, 62 ans, avocate, est une figure historique de la lutte contre la dictature de Ben Ali, le despote écarté du pouvoir par la rue en 2011 après vingt‐trois années passées à la tête du pays. Mariée au leader du Parti communiste des ouvriers de Tunisie – contraint à la clandestinité pendant des années et torturé –, elle a organisé sa vie autour de ses luttes politiques, ce qui lui a valu d’être arrêtée plusieurs fois, battue, harcelée par les forces du régime. Sous Ben Ali, l’avocate a défendu toutes les victimes de la répression. Des salafistes aux nationalistes arabes en passant par les étudiants ou les syndicalistes. Que ce soit à propos des violences exercées par le régime, qu’elle dénonce depuis 2003 dans son Organisation contre la torture en Tunisie (OCTT), ou de la corruption orchestrée par la famille régnante, Radhia Nasraoui ne s’est jamais tue, quitte pour cela à mettre sa vie en danger.

La seconde, 42 ans, dessinatrice, s’est révélée sur Facebook pendant le soulèvement du peuple. Avec son personnage fétiche, Willis from Tunis, un chat aux traits minimalistes, elle fait le buzz en tenant un carnet de route des absurdités, des injustices et des victoires vécues par les Tunisiens. Depuis cinq ans, son chat est l’une des voix de la liberté d’expression retrouvée en Tunisie.

Deux femmes aux modes d’action différents pour porter leur message, mais un même regard rieur, acerbe et critique sur l’état de leur pays. En 2015, celui‐ci a été frappé par une vague d’attentats, dont les derniers ont fait des dizaines de morts. La même année, la société civile tunisienne, à travers quatre organisations ayant accompagné la transition démocratique, a été récompensée par le prix Nobel de la paix. Aujourd’hui, Radhia Nasraoui et Nadia Khiari reviennent, pour Causette, sur les cinq années qui ont suivi la révolution, que ce soit pour les bons ou pour les mauvais souvenirs, sur leurs espoirs ou leurs inquiétudes.

... La suite dans Causette #64.

Publié le 22 Janvier 2016
Auteur : Charlie Duplan, envoyé spécial à Tunis | Photo : © Charlie Duplan pour Causette – Willis from Tunis
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