Santé Publié le 08 Janvier 2016 par Anna Cuxac

IVG : le site du gouvernement ne balise pas assez ! 08/01/16

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Comment faire pour qu’en tapant « IVG » dans Google le site d’information institutionnel Sante.gouv.fr/ivg arrive devant un site anti-IVG qui avance masqué ? Petit manuel de référencement à l’usage d’internautes citoyens... et du webmaster du ministère de la Santé !

Clic clic clic, clic clic clic. D’accord, mais cliquons utile. Mercredi 6 janvier, une lectrice envoie à Causette un e-mail pour faire part de son effarement : en recherchant « IVG » dans Google, le moteur de recherche place le site www.sante.gouv.fr/ivg en deuxième position des résultats. Le site institutionnel, qui informe sur le droit à l’avortement depuis 2013, est devancé par le sournois Ivg. net, qui, affichant un prétendu « numéro vert national » profite d’une allure pseudo officielle pour instiller une propagande anti-IVG.

Le site est, comme beaucoup d’autres du même acabit, truffé de prétendus témoignages de femmes souffrant et regrettant d’avoir recouru à un avortement. Quand on appelle ce fameux numéro vert, on tombe sur une membre de l’association SOS Détresse (un site chrétien anti-avortement, à ne pas confondre avec le site SOS Amitié) qui tente de vous convaincre que « tout ce que vous allez faire à l’encontre de votre nature, qui est d’avoir des enfants, de la spécificité de votre nature féminine, un jour où l’autre, ça va se payer d’une autre façon. » 

En gros, en l’état, une utilisatrice de Google non avertie peut, sans s’en rendre compte, demander de l’aide à des personnes promptes à la déstabiliser et à la désinformer (notamment en appelant constamment le fœtus un « bébé »). Nous avons voulu retrousser nos manches et nous la jouer Anonymous – mais à visage découvert – pour faire passer le site officiel avant le site anti-IVG dans la recherche Google. Nous avons donc lancé cet appel :

Le lendemain, alors que le site du gouvernement n’était toujours pas passé au-dessus de l’autre, la société Optimiz.me, qui propose un logiciel pour améliorer le référencement de son site dans Google, a écrit un article sur son site Internet pour conseiller Causette sur sa démarche, car, en fait, « le fait de cliquer plusieurs fois sur un même résultat depuis un même ordinateur (donc la même adresse IP) ne sera pas comptabilisé par Google comme une grande quantité de clics d’internautes différents. » On a arrêté nos clic clic clic compulsifs pour passer un coup de téléphone au président de la boîte, Mehdi Coly.

« Cliquer en masse sur le site du gouvernement influencera le référencement Google… Mais à hauteur de 1 % seulement ! » détaille-t-il. Que faire, dans ce cas ? La personne qui clique sur un lien dans Google doit rester sur le site – ne pas en sortir tout de suite – et consulter plusieurs pages pour que soit comptabilisé un « taux de rebond ».

Deuxième chose à faire, qui est primordiale : « Si on a un blog, créer des liens hypertextes, en différenciant les mots clés », préconise Mehdi Coly. Par exemple : « IVG », « informations sur l’IVG », « recourir à une IVG ». Google comprendra que ce site est populaire et cela permettra par ailleurs de contrebalancer les nombreux liens qui, sur les sites des associations anti-avortement (tendance catho), renvoient au site Ivg. net.

La dernière flèche à notre arc est à lancer du côté… des webmasters du site du gouvernement ! Les développeurs de la page ont oublié quelques astuces de référencement qui ont leur importance : « La page n’a pas de H1 [balise HTML, ndlr], écrit notamment Medhi Coly sur Optimiz.me. Autrement dit, il n’y a pas, pour Google, de titre sur cette page, donc il ne peut pas savoir de quoi elle parle à titre principal… Dommage ! »

Du coup, nous avons interpellé sur Twitter la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et la secrétaire d’État au Droit des femmes, Pascale Boistard, pour leur suggérer de réparer le schmilblick.

Pour l’instant, les réactions des ministres se limitent à rappeler le bon lien, sans annoncer s’ils vont retravailler sur son référencement :

Causette vous tiendra au courant de la suite. Une dernière chose : on remercie chaleureusement Mehdi Coly, qui « lit Causette quand il rentre chez ses parents, parce que sa mère est une féministe convaincue » !

 

 

 

 

Publié le 08 Janvier 2016
Auteur : Anna Cuxac
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