Société Publié le 21 Décembre 2015 par Sarah Gandillot avec Juliette Plagnet

Profs : Panser l’avenir Éducation nationale

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Les obscurantistes détestent la liberté et la laïcité. En toute logique, donc, ils détestent notre école républicaine. Brrrrr, c’est tout ce qu’ils détestent. L’organisation État islamique l’a d’ailleurs visée très clairement dans le dernier numéro de sa revue francophone Dar al-Islam. Et pour cause. L’école est et reste l’endroit où tout se joue. L’en- droit de la résistance. Malgré le manque de moyens, malgré le sentiment d’abandon parfois, malgré l’absence de mixité sociale dans les classes, les profs tentent de résis- ter. La guerre des mots, du savoir, de la tolérance, contre l’obscurantisme, ce sont eux qui la mènent. Du moins, ils essaient. La guerre contre la désinformation et l’endoctrinement. La lutte pour le vivre-ensemble. Ce sont eux. Y parviennent-ils ? Peuvent-ils encore mener ce combat ? Quelles solutions trouvent-ils à leur niveau pour tenter d’endiguer le mal à la racine ?

Juste après les terribles attentats du 13 novembre, nous avons voulu entendre leur voix. Entendre quelle guerre des mots ils ont menée. Sur quoi ils se sont appuyés pour donner des clés de compréhension et rassurer, autant que possible. Les réac- tions des jeunes ont-elles été différentes par rapport aux attentats contre Charlie Hebdo en janvier ? Ils nous racontent les jours d’après et ceux à venir. Eux qui sont et restent, plus que jamais, le nerf de la guerre.

Marie-Sandrine Lamoureux, professeure de français dans un lycée de Nanterre (Hauts-de-Seine), auteure de Je ne capitule pas. Après les attentats de Charlie Hebdo : à quoi ça sert un prof ? (éd. Don Quichotte).

« Pour les élèves comme pour le personnel, la minute de silence s’est passée dans de meilleures conditions qu’en janvier. Cette fois, nous avons eu des ressources pédagogiques en amont. Et la ministre a parlé de recueillement et non de silence. La majorité de mes élèves, je les avais déjà l’année dernière, donc on avait vécu l’attentat de Charlie Hebdo ensemble. Cette fois-ci, le discours n’a pas été parasité. Là, les questions, c’était : “Est-ce qu’on est en guerre ? Est-ce qu’on va mourir ?” Une grosse montée d’angoisse. Certains gamins ne ressentaient rien et s’en inquiétaient. J’ai expliqué que, parfois, on se protège de ressentir des choses, car sinon c’est trop. Surtout quand on est ado. J’ai dit qu’à un enterrement ce n’est pas forcément celui qui pleure le plus fort qui est le plus malheureux.

On a écouté Ma France, de Jean Ferrat. J’ai demandé qui souhaitait parler. J’ai donné un exercice à faire à ceux qui ne le souhaitaient pas. Ensuite, je leur ai proposé de faire une liste avec les gens qui représentaient pour eux leur cercle de confiance. Des personnes adultes à qui ils peuvent s’adresser et qui prennent soin d’eux. Car Internet les éloigne de leurs référents premiers. C’est ça qui fait des ravages.

Mais, au fond, je ne crois pas vraiment à la parole du premier jour. Je crois à la parole du deuxième ou du troisième mois. Avec la prof de philo, nous avons mis en place, après Charlie, un projet qui s’appelle “Philosophie et humanité”. L’idée est de passer par le dialogue philosophique et artistique pour aborder ces questions et non par des débats stériles.On s’appuie sur des textes : La Dent d’or, de Fontenelle, qui permet de réfléchir sur le fait d’aller vérifier des idées avant de les croire. Pour moi, l’éducation civique, c’est tous les jours, injectée partout. Ce n’est pas un discours qui vient d’en haut. Je crois au dialogue. Par exemple, si une parole misogyne ou raciste est prononcée, je relève et je vais amener un cadre de réflexion. Ma vraie réponse est dans le contenu de mes cours de français tous les jours : Montaigne, Ionesco, Camus. Avec Borges ou Kafka, on peut parler de ce qu’est la manipulation ou de ce qu’est une source fiable. Toutes les questions – et certaines réponses – sont dans les textes. »

... La suite dans Causette #63

Publié le 21 Décembre 2015
Auteur : Sarah Gandillot avec Juliette Plagnet | Photo : Amélie Fontaine pour Causette
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