cinema Publié le 07 Décembre 2015 par Anna Cuxac

La transcendance du cheval 07/12/15

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Durant son temps libre, Karen Chessman se livre à une passion étrange. Elle se transforme en cheval et se fait « dresser » par des éleveurs équestres. Le documentaire « Être cheval », diffusé sur France 4 la nuit du 7 décembre, nous montre la dimension onirique et spirituelle du « pony play », fétichisme de la catégorie SM.

Sont-ce les statues d'une civilisation disparue piégées sous un lichen millénaire ? Non, il y a bel et bien de la vie ici : les poitrines se meuvent au rythme d'une respiration profonde et de la salive tombe d'une bouche prise par le mors du cavalier. Une complainte baroque habille le ruissellement de la pluie et le bruissement des branches.

Ce « tableau » que le cerveau admire sans comprendre ouvre le documentaire Être cheval, de Jérôme Clément-Wilz. Nous y suivons Karen Chessman, transgenre d'une cinquantaine d'années, qui part en Floride pour nourrir sa passion pour le pony play à l'occasion d'un stage chez un couple d'éleveurs d'équidés. Pony play ? Un jeu de rôle fétichiste, dérivé du BDSM, dans lequel une personne se transforme en cheval et est dressée par son partenaire. Pourtant, dans Être cheval, ce n'est pas l'excitation sexuelle que recherche Karen Chessman, mais celle de son âme : « Le pony play est une voie vers le mysticisme, explique-t-elle dans l'émission Mauvais genre de France culture. Il m'aide dans ma quête spirituelle, car le cheval est une sorte de dieu, une personnification de la nature. [...] Le pony play me permet un éloignement du monde humain parce que je ne pense plus. Tout me pénètre : les nuages, le vent, les oiseaux viennent en moi. On arrive à aller vraiment au bout de soi-même. » 

Sous la caméra intime de Jérôme Clément-Wilz, ce « bout de soi-même » s'illustre par l'épuisement physique et moral de la femme-cheval à l'issue des séances de dressage. Harnachée dans son costume de cuir, sabots aux pieds et aux poignets, sous le panache de sa crinière grise, Karen verse des larmes béates. « En quittant ses sens humains, en prenant les attributs d'un animal, on se donne la chance de fusionner avec le Grand Tout », dit Jérôme Clément-Wilz. Dans son documentaire, les deux autres pony players qui apparaissent à l'écran sont transgenres. Pour Jérôme, l'explication est toute logique : « Le jeu de rôle animal est un espace de liberté qui attire ceux qui ont le courage de dépasser les limites de genre, d'espèce et d'être. Ils sont comme des enfants, en jeu constant et fluide avec leur identité. On parle d'ailleurs maintenant de "tranimal", mot-valise mélangeant trans et animal. » Antispécistes, esthètes, mystiques ou libertaires : tous auront une raison de faire d'Être cheval un nouvel étendard de leurs causes.

Être cheval, de Jérôme Clément-Wilz. Sur France 4, le 8 décembre à 0 h 20.

 

 

Publié le 07 Décembre 2015
Auteur : Anna Cuxac
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