La cabine d'effeuillage Publié le 28 Octobre 2015 par Sarah Gandillot

Enfermez-le ! Abraham Poincheval

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Il a vécu treize jours dans la peau d’un ours, s’est enterré pendant une semaine sous une librairie à Marseille, puis sous le parvis de l’hôtel de ville de Tours, a installé un camp d’altitude au sommet d’un building en Corée-du-Sud. En 2016, il remontera le Rhône dans une grande bouteille en verre. Abraham Poincheval est un drôle d’oiseau contemplatif à l’imaginaire foisonnant. Un artiste fantaisiste et aventureux qui questionne les limites et réinvente le monde.

Enfant, Abraham Poincheval adorait se mettre dans des cartons, fabriquer des jouets avec des objets de récup, cultiver toutes sortes de choses, dont de la moisissure, « pour voir comment le temps évoluait sur les choses, explique sa mère, Évelyne. Il avait une immense curiosité ». Il adorait la nature et les animaux. « À cette époque, on avait des chèvres, des lapins, des poules, des oies », ajoute son père, Christian. En fait, voilà, rien n’a changé. Abraham Poincheval est un grand enfant qui a décidé de concrétiser ses rêves. D’ailleurs, « avec son 1,70 m, et ses 55 kilos tout mouillé, on dirait qu’il n’a pas d’âge », confirme Nadine Gomez, directrice du musée Gassendi, à Digne-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence), qui suit et soutient son travail depuis longtemps.

À 43 ans donc, Abraham Poincheval rêve toujours d’aventure, est fasciné par les cosmonautes et les sous-mariniers, les ermites et les grands explorateurs. Et continue de s’enfermer. Plus dans des cartons, comme le petit enfant blond et bouclé qu’il était, mais dans la peau d’un ours, dans des trous sous la terre, dans des tunnels, des capsules métalliques, des colis postaux, des bouteilles géantes. Des défis physiques extrêmes qui produisent des images poétiques.

C’est à Marseille (Bouches-du-Rhône) que nous allons à la rencontre de ce frêle oiseau à la voix délicate, qui semble faire des sauts de chat quand il se déplace. Cet elfe des bois s’y est installé, il y a plus de dix ans, par amour, avec la mère de ses Abraham. Retour à la vie en communauté… Mais nous sommes dans les années 1990 et bientôt le sida vient faucher l’insouciance. La boîte finit par fermer ses portes. Abraham rate un tas de concours d’entrée aux écoles d’art – « Après toute cette aventure, j’étais à la ramasse ! » –, mais finit par entrer aux Beaux-Arts du Mans l’année d’après. « Là encore, je le faisais un peu en dilettante. » Abraham Poincheval par Sarah Gandillot PHOTOS Amélie Chassary pour Causette deux enfants, Artem et Céleste-Philomène, âgés de 7 et 5 ans. Le couple s’est récemment séparé. C’est donc dans un charmant appartement donnant sur une cour arborée, et pas encore très aménagé, qu’il nous reçoit. Sur le bar qui sépare le salon de sa cuisine, une sorte de jarre dans laquelle stagne une eau un peu croupie. « Je cultive des petits champignons. Ensuite, on filtre et on boit cette potion, c’est excellent pour la santé », assure-t-il. Comme quoi, il n’en a pas terminé avec les moisissures…

... La suite dans Causette #61.

Publié le 28 Octobre 2015
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Amélie Chassary pour Causette
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