La cabine d'effeuillage Publié le 28 Septembre 2015 par Sarah Gandillot

Le chic chum Guy Delisle

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L’auteur du Guide du mauvais père et des Chroniques de Jérusalem – prix du meilleur album à Angoulême en 2012 et best-seller de la bande dessinée – s’est installé à Montpellier. Entre vie de famille et travail dans l’atelier qu’il partage avec sa tripotée de chums (potes) bédéastes, le plus français des Québécois, s’avère d’une confondante normalité.

En appuyant sur la sonnette de la porte de sa maisonnette, à Montpellier (Hérault), on a le sentiment d’entrer dans l’une des cases de ses BD. Lui, ses enfants, Louis et Alice, sa compagne, Nadège, le canapé du salon... Tout cela, Guy Delisle le met en scène depuis une dizaine d’années dans ses ouvrages. De Pyongyang à Rangoon en passant par Shenzhen, de Jérusalem à Montpellier, ses fidèles lecteurs ont suivi les tribulations de la petite famille Delisle à travers le monde. Autant de villes où le dessinateur a vécu, soit pour travailler dans l’animation – son premier métier avant de se consacrer exclusivement à la BD –, soit, plus tard, pour suivre sa compagne, Nadège, dans ses mis- sions pour Médecins sans frontières (MSF).

De ces exils, plus ou moins longs, il a tiré des ouvrages savoureux, en forme de carnets de voyage à mi-chemin entre l’autobiographie, la géopolitique pour les nuls et la chronique sociale. La géopolitique façon Delisle passe toujours par le prisme de l’intime. Il débarque volontairement dans les pays qui l’accueillent, vierge de toute connaissance, pour mieux se laisser sur- prendre par les particularités locales et se laisser charmer par l’exotisme du détail. Delisle cultive, dans ses ouvrages, la naïveté joyeuse, pour mieux raconter les pays de l’intérieur. Avec une bienveillance amusée, il se balade, souvent flanqué d’une poussette, et raconte ce qu’il observe : l’obligation de se prosterner devant la statue de Kim-Il-sung, fondateur de la nation nord-coréenne ; le lavage de cerveau de la population ; le guide et le traducteur qui ne le lâchent pas d’une semelle ; la censure tous azimuts en Birmanie ; son impossibilité à pouvoir approcher, malgré ses nombreuses tentatives, la maison d’Aung San Suu Kyi à Rangoon ; ou encore les poches de poitrine cousues ridiculement bas sur les chemises des officiers bir- mans pour mieux pouvoir accueillir les rangées de décorations. « Il a un remarquable sens de l’observation », note son ami, le dessinateur Nicolas de Crécy. « Et une vraie capacité de recul sur lui-même », ajoute son autre chum bédéaste, Lewis Trondheim.

... La suite dans Causette #60.

Publié le 28 Septembre 2015
Auteur : Sarah Gandillot | Photo : Olivier Metzger pour Causette
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